Richesses Pouvoirs Cultures

"On n’a jamais eu un tel écart entre la complexité du monde et la capacité des gens à comprendre le monde.". Laurent Alexandre


Pourquoi mettre en relation Richesses, Pouvoirs, et Cultures ? Simplement parce que ces trois notions expliquent bien le fonctionnement de nos systèmes économiques, politiques, intellectuels et leurs imbrications. Devenus instables, trop complexes et dangereux dans beaucoup de pays, ces systèmes subissent les effets simultanés du progrès, la fameuse "destruction créatrice" [1] , de la mondialisation mal maîtrisée, et des limites des démocraties. Formatés à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, ils ne répondent plus aux enjeux des années 2020-2050, horizon de temps parlant à l'échelle de l'âge moyen d'un français, environ 40 ans. Ils méritent un nouvel élan mais d'abord de la pédagogie.

Sutor, ne supra crepidam*

Complexité

Dans un monde de plus en plus complexe, l'homme moderne, devenu pourtant lucide sur lui même [2], ne sait plus vraiment comment organiser sa vie privée et encore moins la vie collective. Il a muté, plutôt inconsciemment, entre la fin du XXème siècle et le début du XXIème.

Une partie de l'Occident est la première zone à subir ce phénomène. Depuis l'essor d'Internet et de la téléphonie mobile[3], une sorte de conscience planétaire a commencé à émerger mais il est apparu aussitôt, paradoxalement, un mouvement inverse, une "archipelisation" des sociétés au sein des #Populations d'un même #Etat-nation. Les gens vivent dans le même monde mais avec des réalités différentes, leurs propres vérités, en raison d'une dérive du pouvoir de l'#Information
 
L'évolution de plusieurs phénomènes à dimension planétaire n'étant pas encadrée, et,  en l'absence d'une gouvernance mondiale efficace légitime, plusieurs dangers commencent à provoquer des dommages dramatiques au sein des #Populations : effondrement du fonctionnement habituel des démocraties, dégâts environnementaux majeurs, parfois irréversibles, guerres pour des ressources rares, épidémies non maîtrisables, black-out de toute communication, exacerbation de courants religieux extrêmes. Aucun cygne noir ici, ni d'événements véritablement nouveaux. Que du prévisible. Mais ceux qui gèrent ou font semblant de gérer ne parviennent pas à éviter les dangers. L'une des raisons soulevée par Nassim Nicholas Taleb : une question de gestion des risques et de qui risque sa peau pour mériter de gérer celle des autres [4].
 
Sortir de ce grand foutoir dans lequel les écoles et les universités ferment c'est d'abord bien nommer les choses, trouver ensuite une façon de présenter les interactions entre des notions très structurantes, facilement comprises, et leur donner du sens en s'appuyant sur la réalité des chiffres, le quantitatif.
 
C'est à partir de trois grandes familles de paramètres que repose le fonctionnement des systèmes dans lesquels nous vivons :


-des Richesses, présentes sur Terre constituées aussi bien par notre planète, la biosphère, les êtres humains, les choses ou objets, et les organisations qui parfois les représentent,
 
-des Pouvoirs traditionnels comme la Justice mais aussi nouveaux pouvoirs mouvants qui ne sont pas encore bien conceptualisés ni régulés, pouvoirs derrières lesquels se cache la science qui engendre des innovations de rupture, la fameuse force de "Destruction Créatrice" qui bouleverse tout. 
 
- des Cultures différentes mais complémentaires qui ont permis l'émergence des #Richesses et des #Pouvoirs et qui ensuite s'en sont inspirés.
 
La question est ensuite de comprendre, de décrire et d'expliquer comment tout ceci forme plusieurs Systèmes complexes nationaux imbriqués - Economiques, Politiques et Intellectuels - eux même connectés au niveau international. Et de pouvoir le faire sans trop de biais ni de préjugés, ce qui n'est pas gagné. 

Ainsi il n' y a pas un seul Système intelligible dont quelqu'un aurait un la lumière suffisante pour dire aux autres comment le mettre en place et le faire fonctionner. Il n'y a pas non plus de Système qui fait qu'il n'y aurait aucune autonomie des individus pour s'adapter. Mais pour que cela marche bien, ayons en tête l'idée que l'homme a besoin de mythes fédérateurs pour coopérer efficacement comme le montre bien Yuval Harari dans son livre Sapiens [5]. Il doit aussi trouver un sens à sa liberté mais d'abord comprendre l'état de lieu objectif du monde dans lequel il vit :  les #Richesses de son # Environnement.

 locution latine signifiant littéralement « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure ». Elle est utilisée pour avertir l'interlocuteur d'éviter de porter un jugement qui dépasse sa compétence.

RICHESSES

Le système de statistiques économiques d'un pays s'occupe de mesurer des agrégats (richesse des ménages, hausse des prix). Il le fait avec plus ou moins de fiabilité. Comprendre la nature des #Richesses de manière exhaustive, globale, s'avère curieusement un exercice difficile que personne ne fait ou sait faire.
 
D'abord il faut bien distinguer les #Richesses de leurs propriétaires :
 
Les richesses  : l'environnement ou plus exactement la #Biosphère, les #Matières Premières, les #Objets fabriqués comme les machines, l'#Immobilier, la propriété intellectuelle d’une œuvre comme une chanson ou un brevet d’un composant industriel.
 
Ceux qui les détiennent : les #Grandes fortunes, les  #Talents, la #Population au sens large dont font partie les deux premiers et les structures à travers lesquelles ils agissent : les #Entreprises, les #Etats-nations, leInstitutions.
 
La mesure des ressources existantes disponibles doit être mieux comprise et organisée. Et, pour cela, encore faut-il savoir compter car celui qui tient la comptabilité détient le Pouvoir : question de méthode et de devise. A l'origine de l'écriture, la comptabilité est aussi la référence pour la mesure de valeur et permet donc des comparabilités. Qui se charge de mesurer, comment, à quelle fréquence et pour qui, avec quels objectifs et avec quelle méthodologie faite dans quel contexte et à quel moment ? Force est de constater qu'il s'agit bien plus qu'un simple état des lieux, c'est déjà de la philosophie.
 
Le célèbre économiste Adam Smith a consacré l'une de ses oeuvres aux Recherches sur la nature et les causes de la richesses des nations en 1776. Aujourd'hui il intégrerait une nouvelle vision des #Richesses sous influence de nouveaux  #Pouvoirs ultra puissants dont l'influence, c'est nouveau, va bien au delà du #Système Economique

 POUVOIRS

Les pouvoirs traditionnels comme les #trois pouvoirs bien connus (Exécutif, Législatif, Judiciaire) des #Etats-nations sont devenus insuffisants pour organiser la vie des #Populations dans de bonnes conditions. Ce constat remonte au début des années 2000. Certains d’ailleurs ne l’ont jamais vraiment été dans des dictatures ou pays pauvres. Ces #Pouvoirs, qu'il faut savoir lire, surtout décrypter, ont atteint leurs limites pour répondre aux grands enjeux du XXIème siècle : technologie, environnement et fonctionnement démocratique.


Historiquement aux mains des #Etats-nations, et auparavant des Monarchies ou des Empires, les pouvoirs traditionnels [Trois pouvoirs, Monnaie, Diplomatie, Force] se font dépasser par de nouveaux pouvoirs  très puissants apparus grâce à la #Science. Ces nouveaux pouvoirs revêtent une dimension supranationale pour des raisons technologiques, économiques et politiques  : #Force, #Energie, #Information, #Transport, #Santé dont l'alimentation, ce qui les rend incontrôlables

Ils se trouvent désormais détenus par le secteur privé. D'où les questions suivantes qui étaient habituellement débattues entre véritables libéraux et communistes : Mieux vaut-il moins d'Etat avec plus de régulation, ou bien plus d'Etat et moins de régulation. Dans le premier cas comment bien réguler ? Où trouver la compétence ? d'où les dilemmes sur les passages privé/public et public/privé de hauts fonctionnaires. 
 
La France du secteur public de l'après Guerre, avec ses centrales nucléaires et ses TGV, a très bien fonctionné par rapport aux attentes du Pays. Les entreprises américaines Enron ou Lehman ont connu des faillites retentissantes et pourtant elles étaient bel et bien privées. La vérité s'avère plus complexe qu'elle n'y paraît. Personne n'a véritablement réétudier la question de manière impartiale.
 
Organisés en plates-formes ces nouveaux pouvoirs cohabitent entre eux encadrés par puissance publique affaiblie et endettée. Les nouveaux pouvoirs de l'information, en particulier, échappent aux #Etats-nations, alors même que les grands médias se pourtant subventionnés par l'Etat en France. Ils posent de plus en plus de difficultés de fonctionnement aux démocraties occidentales.

 CULTURES

Savoir compter et savoir lire ne suffisent pas. S'y retrouver passe un apprentissage du Savoir comprendre auquel la Culture servira de point d'appui. 

 
Les #Cultures forment un agrégat de disciplines, de connaissances complémentaires et de façons de vivres hétérogènes souvent ignorés par le pouvoir d'#Information. Il existe aussi une forme de dédain vis à vis de pans entiers de la culture populaire.
 
Pour ne rien rater, elles englobent :
 
 -des pratiques essentielles comme la #Langue, une tentative d'explication de la vie #Religions ou philosophies ainsi que des #Us et coutumes, le mode de vie en quelque sorte. Chaque société, même primitive, en est dotée.
 
-des arts pour lesquels il a toujours été difficile de faire une sorte de classification,
 
-mais aussi les loisirs non considérés comme des arts mais plus facilement partageables entre cultures différentes : les #Sports, et les #Jeux. Par exemple, en France on dénombre 40 millions de consoles de jeux dans les foyers. Jeux souvent identiques dans tous les pays. 

Y a-t-il des valeurs universelles constitutives de l'Humanité et de la Civilisation ? Et comment éviter l'ethnocentrisme ?  Si la culture paraît un enjeu économique dérisoire, elle joue un rôle crucial dans les relations entre #Richesses et #Pouvoirs. Comment ces cultures influencent-elles ou bien sont-elles influencées par le duo #Richesses & Pouvoirs Qui détient assez de #Richesses et/ou de #Pouvoirs pour changer une culture ? Est-il possible de maintenir une culture et des valeurs contre un duo Richesses & Pouvoirs qui serait devenu fou ? 

 SYSTEMES

Comprendre ces duos "Systèmes", c'est un peu comme essayer d'attraper une savonnette glissante. Difficile de montrer comment tout cela fonctionne ensemble, en temps réel, et quelles sont les évolutions en cours. Il n’est pas non plus possible d'analyser ces phénomènes sans prendre en compte l'environnement international. Mais a minima, si l'on part de la réalité d'un #Système économique, on sait qu'il est encadré par un #Système politique qui lui même provient d'un système de pensées qui se dit "intellectuel", parlons de #Système Intellectuel, vieux débat dont Régis Debray en fait de bonnes synthèses. Le #Système Economique évolue vite tiré par la #Science, il s'adapte bien plus vite que le #Système politique. Comment en rendre compte et l'intégrer à l'Education ?

Le Système global fonctionne mal et se trouve dans une situation de grande fragilité.
 
En France plus spécifiquement  : 
 
... les entrepreneurs et les économistes - généralement classés à droite- se préoccupent trop des #Richesses, au sens économique et de la rentabilité court terme sans tenir compte des réalités politiques des #Pouvoirs existants tout en méprisant, souvent, la #Culture.
 
...Les politiques et les journalistes s'intéressent plutôt aux jeux de pouvoir et surtout comment le conserver au risque de finalement le perdre. Ils se détournent assez vite des chiffres, ennuyeux, et des notions d'équilibres budgétaires car  ils ne font que passer pour les premiers et se comportent surtout comme des hommes de lettres pour le seconds. 
 
...Les fonctionnaires, les familles donc un petit peu tout le monde, les sensibilités plus à gauche peut-être, les intellectuels s'attachent plus particulièrement aux aspects #Culturels. Ils connaissent mal les réalités de l'économie et les coulisses des pouvoirs devenus transfrontières faute de pouvoir s'informer correctement ou d'en avoir la volonté.
 
Tout fonctionnait plus ou moins bien dans le cadre d'un système capitaliste/dirigiste national. Mais dans les années 2000, l'adhésion d'un grand nombre de pays, dont la France, au système mondialisé endiablé selon le tempo des américains suivi par celui de la Chine, usine du monde, a mis fin à la souveraineté de ces mêmes pays. 

Entre le libéralisme dévoyé américain et la dictature capitaliste chinoise, le système mondial se trouve dans une situation vulnérable. Fragilité qui fait penser à l'histoire du Dutch Boy (garçon hollandais) d'une nouvelle de l'écrivain américain Mary Mapes Dodges. Un petit garçon colmate le trou d'une digue simplement avec son doigt. Aujourd'hui une minorité de dirigeants du Système sont des Dutch Boys. Combien de temps tiendront-ils ? A quoi ressemblerait la vague si la digue lache et comment l'éviter  ? [6]. 

[Richesses]

Notes :

[1] Principe énnoncé par l'économiste Joseph Schumpter qui consiste à décrire les conséquences du progrès sur l'économie. 

[2] Démographie, climat, migrations : l'état d'urgence, de Jean-Loup Bertaux, Fauves Editions 2017. L'Homo Sapiens Lucidus sait d'où il vient et l'auteur croit même qu'il est athée.

[3]Noosphère : selon la pensée de Vladimir Vernadsky et Pierre Teilhard de Chardin, désigne la « sphère de la pensée humaine ». Le mot est dérivé des mots grecs νοῦς (noüs, « l'esprit ») et σφαῖρα (sphaira, « sphère »), par analogie lexicale avec « atmosphère » et « biosphère ». Ce néologisme a été introduit en 1924 par Teilhard de Chardin dans sa « cosmogénèse ».

[4] Jouer sa peau: Asymétries cachées dans la vie quotidienne, Nassim Nicholas Taleb, Les Belles Lettres, 2018

[5] Sapiens, une brêve histoire de l'humanité, Yuval Harari, Albin Michel, 2015

Toute coopération humaine à grande échelle – qu’il s’agisse d’un État moderne, d’une Église médiévale, d’une cité antique ou d’une tribu archaïque – s’enracine dans des mythes communs qui n’existent que dans l’imagination collective. Les Églises s’enracinent dans des mythes religieux communs. Deux catholiques qui ne se sont jamais rencontrés peuvent néanmoins partir en croisade ensemble ou réunir des fonds pour construire un hôpital parce que tous deux croient que Dieu s’est incarné et s’est laissé crucifier pour racheter nos péchés. Les États s’enracinent dans des mythes nationaux communs. Deux Serbes qui ne se sont jamais rencontrés peuvent risquer leur vie pour se sauver l’un l’autre parce que tous deux croient à l’existence d’une nation serbe, à la patrie serbe et au drapeau serbe. Les systèmes judiciaires s’enracinent dans des mythes légaux communs. Deux juristes qui ne se sont jamais rencontrés peuvent néanmoins associer leurs efforts pour défendre un parfait inconnu parce que tous deux croient à l’existence des lois, de la justice, des droits de l’homme – et des honoraires qu’ils touchent. Pourtant, aucune de ces choses n’existe hors des histoires que les gens inventent et se racontent les uns aux autres. 

[6] Hans Brinker and the Silver Stake de Mary Mapes Dodge publiée en 1865 et dont le principe est repris dans le film catastrophe Geostorm (2018) pour baptiser un système satellite protecteur de la planète

"L'Intelligence ne réfléchit plus. La question de l'intensité et de la qualité de l'engagement intellectuel de nos contemporains dans l'objet de leur réflexion est en effet posée à l'échelle du monde, et particulièrement au sommet de la société". Marin de Viry, Revue des deux monde, novembre 2017