work in progress     

Un monde complexe...

"La chose la plus incompréhensible à propos du monde, c'est qu'il est compréhensible." 

Phrase paradoxale extraite de Comment je vois le monde d'Albert Einstein (1934), car si, grâce à la science, le monde devient de plus en plus compréhensible, en même temps, l'explosion du nombre d'informations numériques produites (cf ci-après) aboutie à une représentation du monde très complexe et donc difficilement compréhensible.

"L'Intelligence ne réfléchit plus. La question de l'intensité et de la qualité de l'engagement intellectuel de nos contemporains dans l'objet de leur réflexion est en effet posée à l'échelle du monde, et particulièrement au sommet de la société". Marin de Viry

... SUBMERGé par la data sous la menace de l'iA

Croissance des données

IA : Intelligence Artificielle 

La quantité d'informations produites lors des derniers jours dépasse déjà celle accumulée depuis l'apparition de l'écriture. Les professionnels recoivent individuellement une centaine d'e-mails par jour en moyenne. On parle de 150 à 300 milliards d'e-mails échangés par jour et 300 000 tweets postés par minute (1) . 

Les chiffres donnent le tournis. Les SMS deviennent les instruments de la transmission de pensée (du professionnel au régistre amoureux). 

Toutes ces données existeront pendant des durées inconnues, très longues, mais personne ne sait qui les consultera. Personne ne sait qui sera capable de les exhumer. Des archéologues électroniques du futur ? Les descendants des générations comptemporaines sauront-ils tout de leurs ascendants, un peu comme Michel Houellebecq illustre la série des  Daniel (24, 25 etc) dans le roman La possibilité d'une île (2005) ? Enchainera-t'on des générations avec une parfaite connaissance des actes, écrits, pensées de leurs aînés ? Comment allons nous léguer toutes ces informations aux nouvelles générations ? Et peut-être qu'un jour une bombe électromagnétique réduira au néant ces souvenirs.

Il faut imaginer les quantités. 

L'informatique peut coder 256 caractères, c'est à dire largement plus que notre alphabet, sous forme de 0 ou de 1 formant un "octet" (octo = huits chiffres 0 ou 1, en mode binaire, cela fait donc 2x2x2x2x2x2x2x2=256 combinaisons possibles). 

1 mega octet c'est 10  octets, soit un million d'octets (1 000 000 donc 6 zéros). Cest la quantité de données nécessaires pour définir une photo.

Ensuite, on ajoute 3 zéros (on multiplie par 1000) :

Giga 10(un Giga c'est la taille d'un petit film), Tera 1012 (c'est la taille d'une grande bibliothèque comme celle du Congrès des Etats-Unis), Peta 1015, Exa 1018, Zetta 1021, Yotta 1024

L'exabyte est l'unité de mesure retenue par Cisco (cf graphique) pour mesurer le trafic mensuel sur Internet. Avec l'e-mail et les réseaux sociaux, une moitié de l'humanité (accès à Internet) produit en temps réel de plus en plus d'informations : textes, photos, vidéos, etc. Les télécommincations assurent sans problème leur diffusion, mais, en réception, le cerveau humain n'a lui pas du tout évolué. Celui-ci présente des signes de saturation selon les spécialistes de l'économie de l'attention et de régression depuis l'émergence des réseaux sociaux.

Pour traiter toutes ces données, l'intelligence artificielle va peut-être apporter des solutions mais aussi soulever beaucoup de questions d'éthique alors que, dans le même temps, les plateformes digitales prennent le pouvoir sur les Etats affaiblis et endettés . Comment appréhender les conséquences politiques de ces phénomènes ?

(1) statistiques radicati.com et Romain Hennion, Anissa Makhlouf dans Cyber-sécurité, Eyrolles 2008

Bruno Patino parle de la civilisation du poisson rouge

Les réseaux sociaux, la surinformation empêchent la concentration à tel point que notre mémoire se rapproche de celle d'un poisson rouge, connue pour être très limitée.

Le monde est-il devenu incompréhensible ou l’a-t-il toujours été ?

Galactica

Le maelstrom d'informations diffusé par les médias donne une image illisible du monde à tel point qu'il n'est plus possible de mener des débats rationnels.   

Dans l'histoire de l'humanité, l'Homme a changé sa compréhension du monde en plusieurs étapes : de la révolution cognitive, bien expliquée dans le livre Sapiens, de Yuval Hariri, jusqu'à la mise en place de l’enseignement obligatoire. Aujourd'hui, avec l’accès quasi-illimité à la connaissance que procure Internet, notre capacité à absorber et interpréter des flux d'informations contradictoires et inintelligibles atteint une limite y compris pour les élites. Le monde paraît confus et incompréhensible [1]

Il y a plusieurs siècles, quelques érudits comme Leonard de Vinci pouvaient maîtriser la plupart des connaissances disponibles à leur époque :  culture (philosophie, histoire), savoir-faire techniques (peinture, chimie, etc). Ce temps est révolu et de nouvelles disciplines issues du progrès foisonnent. C’est l’essor des spécialistes et des experts. Mais malheureusement il est devenu de plus en plus difficile de donner une vision cohérente du monde et de l'enseigner . Un manque qui pourrait engendrer la fin d'une civilisation.

[1] Edgard Morin est le philosophe le plus impliqué sur cette question - 10 principes ici

"On n’a jamais eu un tel écart entre la complexité du monde et la capacité des gens à comprendre le monde.". Laurent Alexandre

COMPLEXITé ABOUTISSANT à la naissance d'une civilisation

Naissance d'une civilisation

Dans un ouvrage précurseur publié en 1998 par l'Organisation des Nations Unies, Yves Brunsvick et André Danzin analysent les bouleversements provoqués par la Mondialisation. Ils parlent de "Naissance d'une civilisation". 

Le phénomène majeur est la "poussée de la complexité". La philosophie de la certitude qui a sous-tendu la plupart des idéologies sociales cède la place à la philosophie de l'incertitude

Selons les auteurs, les modèles mentaux des Lumières tendaient à résoudre la complexité par la simplification. Peu à peu, le cartésiannisme, version appauvrie de la pensée du philosophe, avait conduit à raisonner par division des problèmes donnant la préférence aux traitements séparés des parties. Aujourd'hui, l'interdépendance des questions oblige de préférer les relations des parties entre elles et avec le tout. Pascal l'emporte sur Descartes.

Richesses Pouvoirs Cultures

INTRODUCTION

Pourquoi mettre en relation richesses, pouvoirs, et cultures pour comprendre l'organisation de nos systèmes ? Parce que ce sont des clés simples pour comprendre l'impact de la mondialisation et du progrès, de la "destruction créatrice", sur notre monde, sur nos systèmes d'organisation politiques, économiques et intellectuels. Ces systèmes sont devenus très complexes et obsolètes.


Complexité
Dans un monde de plus en plus complexe, l'homme moderne, devenu  lucide sur lui même, l'Homo Sapiens Lucidus [1], ne sait plus comment organiser sa vie privée et encore moins la vie collective. Il a muté.

L'Occident et le Japon, et de plus en plus la Chine sont confrontés avec un peu d'avance à ce phénomène par rapport à d'autres pays. Une sorte de conscience planétaire a commencé à émerger depuis l'essor d'Internet et de la téléphonie mobile, elle était même attendue comme par exemple l'illustre les travaux du père jésuite Theilhard de Chardin sur la notion de Noosphère dès 1922 [2].

Dans des pays pauvres, surtout en Afrique, la préoccupation étant plutôt de survivre. Mais pourtant, le comportement des habitants de ces pays impacte le sort de l'ensemble de l'humanité principalement du fait de la démographie.

Mais comme l''évolution de plusieurs phénomènes à dimension planétaire n'est pas encadrée, faute de gouvernance mondiale organisée et légitime, plusieurs dangers menacent l'humanité.

Pour décomplexifier, il faut être d'accord sur les "mots", et s'arranger avec les subtilités peu accessibles et pas toujours pertinentes. Il faut trouver une façon de présenter les interactions entre  :

-disons les richesses (être humains, les choses, les organisations) de ce monde, 

-à travers des pouvoirs,  existants mais aussi nouveaux ou mouvants, qui ne sont pas encore bien conceptualisés, 

- mais aussi de voir comment ceux-ci ont participé à l'émergence de plusieurs cultures

-et comment tout ceci forme plusieurs systèmes complexes. Un système pour englober l'existant. L'homme a besoin de mythes fédérateurs pour coopérer [4] et doit trouver un sens à sa liberté.

Richesses
L'équilibre des ressources (richesses des choses matérielles, comme les matières premières et l'environnement, mais aussi des hommes) doit être mieux compris et organisé.

Beaucoup de réponses aux questions soulevées par les problématiques comptemporaines, se trouvent dans l'origine de la matière et de nos systèmes de croyance. D'abord et avant toute chose il faut comprendre l'environnement, la nature et ses menaces car l'Univers s'avère parfois impitoyable comme les Dinosaures en ont fait l'expérience.

Organisés en fonction du mérite, de l'histoire et du progrès. Ménages, Etats-nations se sont fait distancés par des grandes fortunes incontrolables. Actions d'entreprises, Immobilier et matières premières doivent être correctement régulés dans le cadre d'un système libéral "controlé" et non anarchique ou impérialiste. 

L'explosion d'une catégorie sociale pauvre, peu éduquée, souffrant d'obésité, montre bien l'échec du système libéral américain sur son propre territoire. Il est en train d'entrainer l'Occident par le fond. D'une société en cours d'industrialisation en triangle (classe moyenne en bas), nous avons connu une société en losange (avec une classe moyenne nombreuse comme encore aujourd'hui au Japon) pour aboutir à une société en sablier avec la diminution et peut-être la disparation des classes moyennes.

Les richesses s'organisent à travers des pouvoirs.

Pouvoirs 
Les pouvoirs traditionnels comme ceux de l'Etat deviennent insuffisants pour organiser la vie de la population dans de bonnes conditions. Certains deviennet obsoletes, ils ne répondent plus aux grands enjeux du siècle : technologie et environnement. Le pouvoir était historiquement aux mains des Etats, et auparavent des monarchies ou des empires. Les nouveaux pouvoirs, apparus grâce à l'innovation sont désormais détenus par le secteur privée. Pas d'idéologie : la France du secteur public de l'après Guerre, avec ses centrales nucléraires et TGV, a très bien fonctionné. Enron ou Lehman Brothers, deux faillites retentissantes et pourtant des sociétés privées américaines. Les nouveaux pouvoirs de l'information (plate-formes) échappent aux Etats-nations ce qui va poser de gros problèmes aux démocraties occidentales. Plusieurs catégories de pouvoirs sont supranationales : énergie, information, transport, santé avec l'alimentation. Elles cohabitent entre elles et avec la puissance publique affaiblie et endettée.

Cultures
Et cela ne fonctionne que grâce à la culture, grâce aux mythes comme le montre Yuval Harari dans Sapiens [4]. Le budget d'un ministère de la culture mérite peu si il s'agit de donner de l'argent à des gens qui n'en en ont pas besoin. Mais la culture mérite beaucoup.  


La culture ce n'est pas que l'Art. Coutumes, traditions, sport, ...Ces marqueurs de civilisations précieux risquent de disparaître suite à la lobotomisation de la jeunesse uniformisée par l'utilisation maladroite de la technologie. 

Le vecteur de transmission de la Culture, l'éducation ne fonctionne plus alors qu'il devrait ouvrir les esprits à la fois aux Arts sans pour autant négliger l'étude des richesses et des pouvoirs.

Systèmes
C'est tout un nouveau système à mettre en place pour protéger la planète, et ce système sera au début à l'image du Dutch Boy, garçon hollandais qui colmate le trou d'une digue simplement avec son doigt [3].

Un système qui doit répondre aux besoins des individus. La pyramide de Maslow est un bon indicateur des objectifs à atteindre pour satisfaire un être humain. Satisfaire, au sens, le rendre en bonne santé et heureux. D'abord les besoins physiologiques comme manger et boire, ensuite de sécurité, puis d'appartenance pour aller vers l'estime et enfin l'accomplissement. Cette approche fait presque l'unanimité mais bien sûr, elle peut-être contestée par les représentants de religions ou de courants philosophiques.

Or le système fonctionne mal. Traditionnellement les entrepreneurs et les économistes (les plus à droite) regardent trop les richesses (au sens microéconomique et macroéconomique) et la rentabilité court terme sans tenir compte des réalités politiques des pouvoirs existants tout en méprisant, souvent, les aspects culturels des choses. Les politiques et les journalistes ne s'intéressent qu'aux jeux de pouvoir et surtout comment le conserver au risque de finalement le perdre. Ils ne s'intéressent pas aux chiffres et aux notions d'équilibres budgétaires car souvent ils ne font que passer. 

Les fonctionnaires, les familles donc un petit peu tout le monde pour les enjeux de transmission générationnelle, les sensibilités plus à gauche peut-être, les intellectuels s'attachent plus particulièrement aux aspects culturels des choses.

Tout ceci fonctionnait plus ou moins bien dans le cadre d'un système capitaliste national. Le cas français correspond à une sorte de capitalisme d'Etat-Providence en cours de transition maladroite vers un capitalisme libérale à l'américaine et justement, c'est une cible peut-être idéale mais qui doit être adaptée.

La compréhension d'un tel système c'est un peu comme la savonette glissante qu'on ne parvient pas à attraper. Diffile de montrer comment tout cela fonctionne ensemble et comment c'est en train d'évoluer. Pas possible d'analyser sans prise en compte de l'environnement international et le temps.


Et le temps dans tout ça ? 

Dans son dernier ouvrage, Les Temps modernes. Art, temps, politique (La Fabrique), le philosophe Jacques Rancière déploie une politique du temps, définie comme « un milieu de vie. Il est une forme de partage du sensible, en deux formes de vie séparées : la forme de vie de ceux qui ont le temps et la forme de vie de ceux qui ne l’ont pas ».
La première condition est de maintenir des descriptions du monde et des capacités d’agir qui soient à l’écart, en opposition par rapport à la logique dominante. Qu’est-ce que ça va donner ? On n’en sait trop rien [5]…


Et le système pose en fait une question philosophique. A quoi sert-il, et donc il nous renvoie bien sagement à méditer sur notre modeste existence.

[Richesses]


Notes :


[1] Démographie, climat, migrations : l'état d'urgence, de Jean-Loup Bertaux, Fauves Editions 2017. L'Homo Sapiens Lucidus sait d'où il vient et l'auteur croit même qu'il est athée.

[] Pyramide de Maslow

[2]Noosphère : selon la pensée de Vladimir Vernadsky et Pierre Teilhard de Chardin, désigne la « sphère de la pensée humaine ».
Le mot est dérivé des mots grecs νοῦς (noüs, « l'esprit ») et σφαῖρα (sphaira, « sphère »), par analogie lexicale avec « atmosphère » et « biosphère3 ». Ce néologisme a été introduit en 1924 par Teilhard de Chardin dans sa « cosmogénèse ».

[3 ] Nouvelle de Hans Brinker and the Silver Stake de Mary Mapes Dodge publiée en 1865 et dont le principe est repris dans un film catastrophe Geostorm (2018) pour baptiser un système satellite protecteur de la planète.

[4] Sapiens, une brêve histoire de l'humanité, Yuval Harari, Albin Michel, 2015

Toute coopération humaine à grande échelle – qu’il s’agisse d’un État moderne, d’une Église médiévale, d’une cité antique ou d’une tribu archaïque – s’enracine dans des mythes communs qui n’existent que dans l’imagination collective. Les Églises s’enracinent dans des mythes religieux communs. Deux catholiques qui ne se sont jamais rencontrés peuvent néanmoins partir en croisade ensemble ou réunir des fonds pour construire un hôpital parce que tous deux croient que Dieu s’est incarné et s’est laissé crucifier pour racheter nos péchés. Les États s’enracinent dans des mythes nationaux communs. Deux Serbes qui ne se sont jamais rencontrés peuvent risquer leur vie pour se sauver l’un l’autre parce que tous deux croient à l’existence d’une nation serbe, à la patrie serbe et au drapeau serbe. Les systèmes judiciaires s’enracinent dans des mythes légaux communs. Deux juristes qui ne se sont jamais rencontrés peuvent néanmoins associer leurs efforts pour défendre un parfait inconnu parce que tous deux croient à l’existence des lois, de la justice, des droits de l’homme – et des honoraires qu’ils touchent. Pourtant, aucune de ces choses n’existe hors des histoires que les gens inventent et se racontent les uns aux autres. Il n’y a pas de dieux dans l’univers, pas de nations, pas d’argent, pas de droits de l’homme, ni lois ni justice hors de l’imagination commune des êtres humains.

[5] Paul Jorion : "L’effondrement présent d’un système victime non seulement de ses excès, mais aussi, désormais, de sa complexité, conduit certains à intervenir délibérément de telle ou telle manière, tandis que d’autres préfèrent assister passivement au spectacle de la chute, convaincus qu’il y aura bien, à l’arrivée, «  quelque chose  », ce quelque chose étant à nouveau de l’ordre de l’arrangement spontané. Le choix entre posture active et posture passive s’assimile ici aussi, peut-être, à de simples différences de tempérament."


Intelligence artificielle

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