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Certains intellectuels veulent absoluement que les faits rentrent dans des schémas bien constuits correspondants à l'idéologie qu'ils défendent. Avec beaucoup d'arrogance, parfois bien dissimulée, ils racontent des histoires cohérentes mais qui, au fond, tordent la réalité. A tel point qu'ils n'intéressent plus personne : faible audience quand ils passent à la télévision, ventes de livres marginales, etc. Bref, depuis le début des années 2010, le monde intellectuel est en train, ou bien de disparaître, ou bien de se cacher tant il a honte de ce qu'il représente. Régis Debray écrivait en l'an 2000, IF [Intellectuels Français]Suite et fin. Après avoir commencé dans le panache au début du siècle, l'épopée intellectuelle française aurait sombré dans l'erreur. Il vaut mieux arrêter le spectacle et quitter la scène.

De qui parle-t-on avec tant de déception? Non pas des savants, des chercheurs, des écrivains mais, parmi eux, de ceux «qui ayant acquis quelque notoriété par des travaux qui relèvent de l'intelligence abusent de cette notoriété pour sortir de leur domaine et se mêler de ce qui ne les regarde pas», selon la formule lucide de Sartre à laquelle s'accorde Régis Debray: «C'est le projet d'influence qui distingue l'intellectuel du sage (qui cherche à se gouverner lui-même par la raison) et du savant (qui cherche la vérité dans les choses). Le sage a pouvoir sur son esprit par l'idée, le poète a pouvoir sur le réel par les mots et l'intellectuel sur les hommes, par les mots et les idées.» 

Deux intellectuels parmi les plus prestigieux des années 1980-2020, Alain Minc et Edwy Plenel forment à eux deux un drôle de paradoxe. Le premier, libéral, aura plutôt raté sa carrière de capitaliste, n'a pas pu vraiment redresser le journal Le Monde, et l'autre, ancien trotskyste, très à gauche aura réussi à créer une société rentable, plateforme digitale de contenu, Mediapart. Dans la création d'une entreprise rentable, le capitaliste a raté, pas le troskyste. Incroyable mais vrai. 

Un système autocentré qui n'a pas beaucoup de considération pour les autres. Le système intellecuel se trouve plus proche du système politique que du système économique. Le monde industriel ou des services n'intéresse pas vraiment les autres sphères et réciproquement. Le pilotage de l'ensemble se fait donc plutôt sous un angle théorique (intellectuels) et court termiste (politiques).

 Ce seront les peuples capables de préserver l’art de vivre et de le cultiver de manière plus intense , capables aussi de ne pas se vendre pour assurer leur subsistance , qui seront en mesure de jouir de l’abondance le jour où elle sera là . John Maynard Keynes

MEDIAS ET MANIPULATIONS

Témoignage d'un ancien de la DGSE (Eric Filiol). Intégralité sur youtube ici :
https://www.youtube.com/watch?v=fmgxfvbAMK8 (Thinkerview)
Conversations sur la géopolitique du Moyen-Orient. Critique des néoconservateurs américains
Invités : 
Pierre Conesa, est un haut fonctionnaire (ex directeur adjoint de la délégation des Affaires stratégiques au Ministère de la Défense) et écrivain français.
Hervé Brusini est un journaliste français. Il a dirigé le service des informations générales de l'ancienne Antenne 2 devenue France 2 et a aussi été directeur délégué à l’information de France 3 (2004-2008).

SYSTEME INTELLECTUEL


Pour Alain Minc, "Ma seule certitude pour l'avenir est de voir s'effilocher la capacité de nuisance des intellectuels. Ils tourneront en rond, se croiront essentiels, surestimeront les gestes du pouvoir politique mais ne mesureront pas que leur influence effective aura décru de manière exponentielle".



L'époque Raymond Aron, François Furet 


Ceux qui acceptent de se confronter aux entrepreneurs : Saint-Simonien

François Furet, Foucault, Touraine, Le Roy Ladurie, Casanova, Jean Daniel, Pierre Nora, François Jacob, Semprun bénéficiait du charisme, de l'allule, de l'élégance, et du sens des formules mais sans en faire vraiment usage selon Minc. Une dimension publique aurait entamé sa légimité intellectuelle.


Le puissant système Bourdieu



Les intellectuels soixante-huitards : Serge July, Franz Olivier Giesbert, Laurent Jorrin




La vie intellectuelle aurait-elle résitée plus que d'autres univers à la la mutation technologique se pose la question Minc ?


Notes


Paxton 

Mounier


[] L'express, La fin des intellectuels français, 2000


Bibliographie

Pouvoir intellectuel, les nouveaux réseaux, Emmanuel Lemieux, Denoël
Système, Alain Minc

MEDIAS ET MANIPULATIONS

09/08/16 - Témoignage d'un ancien de la DGSE (Eric Filiol). Intégralité sur youtube ici :
https://www.youtube.com/watch?v=fmgxfvbAMK8 (Thinkerview)
Conversations sur la géopolitique du Moyen-Orient. Critique des néoconservateurs américains.


Invités : 
Pierre Conesa, est un haut fonctionnaire (ex directeur adjoint de la délégation des Affaires stratégiques au Ministère de la Défense) et écrivain français.


Hervé Brusini est un journaliste français. Il a dirigé le service des informations générales de l'ancienne Antenne 2 devenue France 2 et a aussi été directeur délégué à l’information de France 3 (2004-2008).

Twitter, c'est pas mal. Un bon détecteur de narcissiques et d'arrogants asoiffés d'autopromotions.

Les fin des intellectuels français, par Eric Conan (LExpress, 2000)

Il y a un siècle, ils prenaient la parole pour soutenir le capitaine Dreyfus. Depuis, du fascisme au communisme, nombre d'entre eux se sont fourvoyés en des combats douteux. Et si, du Kosovo à la Tchétchénie, de l'Algérie à l'Autriche, ils trouvent encore matière à s'exprimer, que disent-ils et qui les écoute" De cette déchéance, Régis Debray a fait un livre-épitaphe


C'est fini! nous annonce Régis Debray. La comédie a assez duré. Dans I.F. [Intellectuel Français] suite et fin (Gallimard), il crache le morceau: après avoir commencé dans le panache au début du siècle, l'épopée intellectuelle française a sombré dans l'erreur, le délire, et s'achève aujourd'hui dans le ridicule. Cela ne rime plus à rien, il vaut mieux arrêter le spectacle et quitter la scène.
Contrairement à La Trahison des clercs (1927), de Julien Benda, qui exhortait les intellectuels à rompre leurs complicités avec les passions politiques, ou à L'Opium des intellectuels (1955), de Raymond Aron, qui les invitait à ouvrir les yeux sur les réalités de leur religion marxiste, Régis Debray estime qu'il n'y a plus rien à faire. Son petit livre sec et brillant ne laisse pas plus d'espoir qu'un rapport d'anatomie pathologique: le cadavre de l'Intellectuel Français s'agite encore, il prend des poses et fait des manières, mais ce n'est plus qu'un spectre grotesque.


I.F. suite et fin est en partie autobiographique. Régis Debray pratique depuis quelque temps déjà la pénitence, déçu qu'il est de vivre aujourd'hui un temps de basse Histoire et inconsolable de n'avoir pas su, dans sa jeunesse, reconnaître les derniers monuments historiques encore vivants. Dans ce livre écrit dans une langue étincelante de classicisme, il préfère recourir au vulgaire pour son propre cas: «J'ai déconné à pleins tubes.» On pourrait donc soupçonner l'ancien compagnon de route de Che Guevara et l'ex-conseiller spécial de François Mitterrand d'en rajouter dans la flagellation et d'en rêver un usage collectiviste. On sait qu'il y a des culpabilités prétentieuses: elles n'admettent pas que d'autres y échappent et cherchent l'apaisement dans le partage de la faute. Mais Régis Debray n'est pas un partageux. Devenu solitaire, inconfortablement installé dans le rôle de «grognon» qu'il revendique, l'ancien premier de Normale sup (1960) ne rejette pas seulement la production intellectuelle, devenue par trop méprisable, mais aussi l'outil, comme l'indique le mot de Proust qu'il a choisi en exergue de I.F. suite et fin: «Chaque jour j'attache moins de prix à l'intelligence...»

La charge sans nuances de l'ancien normalien guérillero fait événement parce que, en ces derniers jours du siècle, elle donne tranchant et fulgurance à un sentiment diffus assez largement partagé: l'heure est à la veillée funèbre autour des intellectuels français. En témoignent au même moment les trois copieux et passionnants numéros commémoratifs des 20 ans de la revue Le Débat (1), qui s'ouvrent par un éditorial de son directeur, Pierre Nora, titré «Adieu aux intellectuels?». Question peu anodine si l'on se souvient que Le Débat, créé en 1980 à la mort de Sartre, se demandait alors: «Que peuvent les intellectuels?» Vingt ans plus tard, la réponse semble entendue, et Pierre Nora en vient à penser qu'il faut peut-être abandonner ce mot d' «intellectuel» devenu «presque insupportable»: «S'il doit rester lié aux errements et aux crimes qui l'ont discrédité; s'il ne doit sortir de la tragédie que pour - comme l'Histoire, qui se répète deux fois - se recommencer dans la farce et la comédie, alors mieux vaut franchement l'enterrer avec le siècle et les honneurs qui lui sont dus.» Amen.
Michel Winock et Jean-François Sirinelli, les deux grands historiens des intellectuels en France, participent à cette oraison du Débat avec le même diagnostic: le premier a titré son article «A quoi servent (encore) les intellectuels?» et le second «Impressions, soleil couchant»...

De qui parle-t-on avec tant de déception? Non pas des savants, des chercheurs, des écrivains mais, parmi eux, de ceux «qui ayant acquis quelque notoriété par des travaux qui relèvent de l'intelligence abusent de cette notoriété pour sortir de leur domaine et se mêler de ce qui ne les regarde pas», selon la formule lucide de Sartre à laquelle s'accorde Régis Debray: «C'est le projet d'influence qui distingue l'intellectuel du sage (qui cherche à se gouverner lui-même par la raison) et du savant (qui cherche la vérité dans les choses). Le sage a pouvoir sur son esprit par l'idée, le poète a pouvoir sur le réel par les mots et l'intellectuel sur les hommes, par les mots et les idées.»
Le bilan de cet «engagement», caractéristique de l'intellectuel, n'est pas fameux. Si l'on admet communément que cette incursion dans l'espace public commence - brillamment - avec l'affaire Dreyfus, qui a poussé, à l'appel de Zola, écrivains, universitaires et scientifiques à signer, le 14 janvier 1898, la première pétition en faveur de la révision du procès du capitaine Dreyfus, la période écoulée depuis - un siècle riche en tragédies - permet de constater que cet engagement intellectuel a souvent mal tourné.


Mariage de l'erreur et de l'éloquence
Accentué dans les années 30 et durant l'Occupation, il a connu son apogée pendant la guerre froide, au cours de laquelle tant de grands esprits ont cédé à l'aveuglement militant et se sont surtout illustrés par l'aisance avec laquelle ils ont marié l'erreur et l'éloquence. A tel point qu'il faut bien convenir qu'avec le recul la figure de «l'intellectuel critique» aura été mieux assumée par Raymond Aron que par Jean-Paul Sartre. La réconciliation tardive de ces derniers, en 1979, sur le perron de l'Elysée, où ils étaient venus plaider la cause des boat people vietnamiens, a symbolisé la fin des grandes mobilisations politiques.

Après tant d'errements emphatiques, on aurait pu espérer un dégrisement, un apprentissage de la prudence et de la modestie, un intérêt plus respectueux pour la réalité du présent. C'est à une formidable régression nostalgique que l'on assiste au contraire. Cela a commencé avec le centenaire de l'affaire Dreyfus, en 1994. Plus de 40 livres ont été publiés sur l'Affaire: Zola, au moins, ne s'était pas trompé, on peut se raccrocher à lui. Une passion muséologique s'est emparée des intellectuels français. En 1988 a été créé l'Imec (Institut mémoires de l'édition contemporaine), qui a pour mission de récolter le maximum de manuscrits et d'archives intellectuelles du siècle.
Alors qu'ils étaient rares auparavant, une trentaine d'ouvrages sur l'histoire des intellectuels ont été publiés de 1980 à 1990 et plus de 80 depuis 1990. Dans cette inflation, en 1996, l'énorme et excellent Dictionnaire des intellectuels français, de Jacques Julliard et Michel Winock, a fait un peu figure de pierre tombale, au moment même où le transfert des cendres d'André Malraux au Panthéon mettait un terme au siècle de l'intellectuel engagé.

Contre toute attente, cette frénésie commémorative ne constitue pas toujours un exercice de lucidité rétrospective, qui rendrait hommage aux rares intellectuels qui eurent raison de leur temps. L'actuel «retour à Sartre» en offre une illustration surprenante. Quatre biographies viennent d'être consacrées à celui qui reste le symbole de l'engagement erroné pour avoir trop souvent mis son immense génie littéraire au service d'un crétinisme politique confondant. Comme si beaucoup d'intellectuels persistaient aujourd'hui à penser qu'il valait décidément mieux se tromper avec Sartre qu'avoir raison avec Aron. Comme s'ils continuaient à privilégier le style, le talent, la flamboyance sur la pertinence, ce qui expliquerait aussi les complaisances pour Céline malgré son engagement pronazi.
C'est la posture qui compte. On ne cesse de rejouer les grands personnages. Bernard-Henri Lévy, qui, par son activisme médiatique, constitue depuis vingt ans l'aiguille magnétique de la boussole intellectuelle, a ainsi pris la pose antitotalitaire avec Soljenitsyne, antifasciste avec Malraux, pour finir par un retour ému à Sartre. Cette nostalgie sartrienne est aussi une nostalgie du simplisme de son époque. «Cette bêtise, on l'aime comme on se surprend à chanter Alexandrie-Alexandra, de Claude François: c'était la nôtre, et c'était peut-être la seule chose qui fût à nous», comme l'a reconnu avec franchise l'essayiste - et maoïste repenti - Michel Schneider.

Continuer à être «contre»
On peut dater ce repli mémoriel de l'arrivée de la gauche au pouvoir: elle a soudainement privé l'intellectuel engagé du confort de la culture d'opposition. Restent deux solutions. S'essayer au réformisme, mais il faut regarder dans le détail, faire des propositions: risqué et compliqué. Ou alors dire que la gauche, c'est la droite, et continuer à être «contre». Pierre Bourdieu tente de récupérer ce créneau du sartrisme politique. Le titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France théorise que la domination de classe gagne partout, mais le militant pense qu'on a toujours raison de se révolter. Après avoir lui-même beaucoup hésité - muet en 1968, partisan de la candidature de Coluche qui voulait «foutre la merde» à la présidentielle de 1981 - il a rattrapé le temps perdu lors du mouvement contre le plan Juppé de décembre 1995, allant jusqu'à soutenir sur le terrain l'avant-garde des révoltés - les conducteurs de TGV en lutte pour la retraite à 50 ans: «Je suis ici pour dire notre soutien à tous ceux qui luttent depuis trois semaines contre la destruction d'une civilisation, associée à l'existence du service public.»

Ce recroquevillement sur les grandes figures du passé s'accompagne d'un rétrécissement géographique. L'intellectuel médiatique est le ressortissant d'un tout petit territoire que Pierre Grémion, l'un des meilleurs sociologues du monde intellectuel, a baptisé la «principauté progressiste de Saint-Germain-des-Prés». Dans ce petit périmètre, une grosse centaine de noms (Jacques Julliard, Michel Winock et Régis Debray s'accordent sur cette comptabilité) s'agitent en vase de plus en plus clos. Ils n'ont presque plus de rapports avec une université démocratisée, pleine d'étudiants qui ne pensent qu'à leur avenir et ne lisent plus les intellectuels: la diffusion des ouvrages de sciences humaines, prolifique dans les années 60 et 70, s'est effondrée. S'il n'y a plus de «gourou», c'est surtout parce qu'il y a de moins en moins de public pour les lire et pour les suivre. Les intellectuels en font l'amère expérience. La «liste Sarajevo», que certains ont voulu présenter aux élections européennes de 1994, a sombré dans le ridicule. Et les 100 personnalités, dont beaucoup d'intellectuels, qui ont appelé, en mai 1997, à manifester sous le sigle «Nous sommes la gauche» n'ont même pas réussi à rassembler 1 000 personnes dans la rue...

Que reste-t-il? Les journaux. Ils constituent le dernier lieu d' «influence». Mais les intellectuels ont perdu leur autonomie, soumis au bon vouloir des journalistes, qui organisent les combats de coqs et finissent par les concurrencer en popularité: lorsqu'on les interroge sur la «figure la plus marquante de la vie intellectuelle», les Français, qui répondaient Claude Lévi-Strauss il y a quelques années, plébiscitent maintenant Bernard Pivot. Les journaux et les émissions constituent désormais l'agora intellectuelle. Par le passé, des livres faisaient débat dans la presse, aujourd'hui ce sont souvent des débats lancés par les journaux qui se traduisent par des livres. Les responsables duMonde ont bien compris et accentué cette évolution: comme l'a analysé Pierre Grémion, ils ont transformé ce quotidien d'expertise en quotidien intellectuel, dont ils ont fait le ring central et total, s'efforçant d'y inviter aussi bien Paul Ricoeur que Philippe Sollers, Régis Debray que Bernard-Henri Lévy ou Pierre Bourdieu qu'Alain Finkielkraut. Mais, en revanche, l'intellectuel engagé ne se limite plus aux signatures de pétitions et occupe toutes les rubriques: tribunes, interviews, voire grands reportages.
L'enjeu reste pourtant le même: se compter, se distinguer, autour de «causes» successives qui sont, chaque fois, les affaires les plus importantes du moment, mais que l'on oublie vite pour passer à une autre. Récemment, la Tchétchénie, l'Algérie, l'Autriche, le Kosovo furent très «chauds» et les tribunes indignées volaient en escadrilles. Puis, silence, alors que, sur place, la situation n'a guère changé ni été affectée par ces mobilisations éphémères. Mais la réalité compte peu. Plutôt que de s'y intéresser, beaucoup de justiciers médiatiques préfèrent plaquer sur le présent compliqué et ses acteurs le répertoire des grands drames de la dernière guerre: Hitler, Munich, Auschwitz, Nuremberg, etc. Les grands mots de la mémoire deviennent des gros mots servant à disqualifier les adversaires du présent. C'est le «politiquement correct» à la française: il ne se manifeste pas, comme aux Etats-Unis, par une police du vocabulaire relatif aux moeurs et aux identités, mais par la «vichysation» et la «nazification» de tout débat.


L'important est la posture
Ces travers entretiennent une myopie que les intellectuels engagés sont parfois les seuls à ne pas discerner. On se mobilise gravement à la place des Chiliens pour que Pinochet soit jugé, mais Castro, qui a fait fusiller quatre fois plus de monde, laisse indifférent. On se lève pour proscrire le tourisme culturel dans le nouveau Reich autrichien parce qu'un Mégret local y pointe son nez, mais l'on ne dit mot quand, en France, des synagogues brûlent pour la première fois depuis 1945...


L'effet produit par l'engagement n'intéresse guère plus que les faits, comme l'a reconnu avec candeur Bernard-Henri Lévy: «Le peu qui a été sauvé, non pas de la Bosnie, mais de notre honneur en Bosnie, l'a tout de même été par les intellectuels.» L'important est la posture. Etre dans le coup. Le faire savoir. Et surveiller le coup suivant. Enchaîner les causes, sans jamais revenir sur celles du passé. Car l'intellectuel engagé, si prompt à traquer le passé de ses adversaires, préserve le sien: le devoir de mémoire, c'est bon pour les autres. Rares sont ceux qui s'expliquent sur leurs erreurs. Ou alors ils s'en font une fierté, comme Philippe Sollers, qui a fait profession d'assumer son rôle de bouffon acrobate: ancien maoïste, ancien balladurien, célinien pourfendant la «France moisie», et ci-devant libertin, adorateur de Jean-Paul II et situationniste tendance Jospin.

L'important est de tenir les positions, de défendre la boutique. La situation compte plus que l'oeuvre. L'influence sur la vie réelle se réduit, mais se concentre sur l'intendance: les places, le pouvoir, les réseaux. Alain Carignon, l'autodidacte de Grenoble, s'amusait beaucoup, lorsqu'il était ministre de la Communication, de voir grands et petits esprits lui faire la cour pour quelques prébendes. Celles qui permettent de voyager dans les centres culturels français à l'étranger, de faire des films sans spectateurs ou des pièces de théâtre devant des salles vides que rempliront les bus scolaires. Il faudra un jour faire l'histoire de la frénésie balladurienne qui a saisi, en 1993 et 1994, une partie de cette génération de Saint-Germain-des-Prés: celle de 68 et des variantes du marxisme dur - maoïsme, althussérisme, trotskisme - dont la formation de jeunesse fut marquée par l'obsession de la prise du pouvoir. Mais aussi par le sectarisme, le refus de la discussion et le mépris pour la réalité.

Car, si les enjeux ont changé, le style de jeunesse reste, aggravé encore par le lieu d'expression (le journal) qui incite - manque de place oblige - à frapper fort. Régis Debray rappelle que, dans les années 50, Sartre consacrait une trentaine de pages desTemps modernes pour répondre à Camus. A cette époque, les intellectuels se lisaient, se répondaient. Aujourd'hui, on ne parle plus des livres des autres. La haine et le mépris ont remplacé le désaccord. Les rares vraies discussions entre points de vue différents, comme celle que François Furet a eue avec l'historien allemand Ernst Nolte, sont diabolisées, comme si le fait d'échanger avec un contradicteur valait compromission. On attaque, de loin, les personnes au lieu de répondre aux arguments. Pierre Bourdieu qualifie Paul Ricoeur de «philosophe du dimanche» et Alain Finkielkraut de «collabo». Bernard-Henri Lévy voit en Pierre Bourdieu un «aide de camp peu doué», etc.


Il est vrai que beaucoup de livres ne méritent plus discussion, leur contenu n'ayant pas beaucoup de sens. L'imposture de quelques stars du concept a été percée en 1996 par un jeune physicien de New York, Alan Sokal, qui a monté un habile canular en réussissant à faire paraître dans Social Text, revue américaine friande d'auteurs français, un article absurde - «Transgression des limites: vers une herméneutique transformative de la gravité quantique» - constitué à partir d'extraits d'intellectuels français en vogue (Gilles Deleuze, Jacques Lacan, Julia Kristeva, Michel Serres, Jean-François Lyotard, Jean Baudrillard, Félix Guattari, Paul Virilio). Il révéla simultanément le pot aux roses dans la revue Lingua franca en démontrant que ces auteurs faisaient les malins en empruntant aux sciences dures (physique, biologie, mathématique) une terminologie et des raisonnements qu'ils ne comprenaient pas et utilisaient en dépit du bon sens (2). L'affaire Sokal, c'est l'affaire Urba des intellos, le Crédit lyonnais des grands penseurs. Une fin de carrière assurée si elle avait concerné des médecins ou des architectes. Ce fut le black-out. Aucune sanction. Aucun effet.


Il faut maintenant «s'émanciper» de ces intellectuels qui «nous font perdre notre temps», conseille Régis Debray: «Ce qui fut un plus pour notre modernité nouvelle - une aide à la maturité, à l'allégement du destin, à la prise de responsabilité - est devenu un moins - qui infantilise, stérilise les énergies et nuit à la saisie du vif.» Car, s'ils s'étripent à longueur de page sur Renaud Camus ou le prêt gratuit du livre, peu d'intellectuels médiatiques aident leurs contemporains face aux grandes questions du moment: les perspectives de la génétique, le désastre scolaire, les enjeux énergétiques ou démographiques, les impasses du tiers-monde, etc. Et ceux qui persistent à s'y intéresser ne savent plus où donner de la tête, comme Alain Finkielkraut, qui finit par se demander si «la posture de l'intellectuel n'est pas une adolescence prolongée au-delà du raisonnable».


Les débats concernant les ismes (socialisme, fascisme, racisme, populisme, mondialisme, etc.) présentent sur les dossiers traitant des ique (informatique, robotique, bioéthique) «l'avantage qu'on peut y dire n'importe quoi en toute impunité, alors que, dans les seconds, cela se voit aussitôt», analyse Régis Debray, qui ajoute que «nos écrivains dits traditionalistes, d'Hugo à Claudel, en passant par Zola et Valéry, ont été cent fois plus attentifs à l'invention technique - photo, moto, radio, téléphone - que nos intellectuels up-to-date. L'intellectuel cale par malchance devant les pages ?nouvelles technologies? du journal, pourtant plus nutritives et surprenantes que les autres».
Il est aussi symptomatique que les analyses les plus pénétrantes sur le malaise de l'individualisme contemporain soient récemment venues d'écrivains hors système (Philippe Muray, Michel Houellebecq), d'anciens journalistes (Jean-Claude Guillebaud) ou d'enseignants de base (Jean-Claude Michéa). Cette allergie de l'intellectuel médiatique au travail méticuleux que nécessitent ces nouvelles questions explique le retour en grâce de l'intellectuel de droite, de tradition plus terre à terre et plus besogneux. Ce dernier occupe donc le terrain méprisé par les belles âmes et, grâce à son éthique aronienne - une critique doit toujours s'accompagner d'une proposition réaliste - prolifère sous l'appellation d' «expert». Mais, quand d'anciens élèves de Michel Foucault se retrouvent au Medef et que Jean-François Revel se revendique toujours «de gauche», c'est la classification entre intellectuels de gauche et de droite qui semble, sinon dépassée, du moins bouleversée et déphasée par rapport à l'univers politique, comme le résume Marcel Gauchet, rédacteur en chef du Débat: «Il ne faut pas confondre le naufrage du Parti socialiste dans le gâtisme et la corruption avec le destin de la gauche comme idée et comme sentiment.»


Retour au travail savant
C'est au mépris de ce clivage droite-gauche, obsolète chez beaucoup d'intellectuels, que certains d'entre eux ont tenté, ces dernières années, de sortir stérile du cirque médiatique. Ce fut l'aventure de quelques clubs - la Fondation Saint-Simon, Phares et Balises et la Fondation du 2 mars - d'origines, de milieux et de poids très différents, mais avec des objectifs assez semblables: s'intéresser de près à la réalité, même la plus ennuyeuse, mais qui concerne le plus grand nombre, et essayer de la comprendre, avant de tenter de l'influencer. Expériences passionnantes et positives: les «notes» publiées par la Fondation Saint-Simon et la Fondation du 2 mars ont constitué, dans des domaines très variés, des analyses pénétrantes sur la société française, alimentant débats, projets de loi et réformes. Ces cénacles se caractérisaient surtout par leur hétérogénéité. «Chacun cherchait, en premier lieu, à connaître des questions ou des approches dont il n'était pas d'emblée familier», explique le philosophe Philippe Raynaud, qui fut un pilier de la Fondation Saint-Simon.
Comment faut-il donc interpréter le sabordage de deux de ces lieux de débat (Saint-Simon et Phares et Balises) et l'avenir incertain du troisième? Leurs animateurs préfèrent retourner au travail savant. Le parcours de Pierre Rosanvallon paraît symbolique: intellectuel organique de la CFDT, puis responsable de Saint-Simon, qu'il voyait comme un lieu de «production de lucidité», il a décidé de se consacrer désormais à la poursuite de son histoire du suffrage universel. Emmanuel Todd est retourné à l'anthropologie des systèmes familiaux et Régis Debray à l'université, pour mettre sur pied une théorie matérialiste de la pensée - la «médiologie» - capable de rendre compte de la manière dont les techniques de communication façonnent les sociétés et changent les rapports sociaux.
Que restera-t-il, entre ces déçus qui repartent à l'établi pour retrouver, souvent dans l'université, de vrais intellectuels qui ont déjà compris qu'ils perdraient leur âme dans le médiatique, et les bateleurs multicartes des médias? S'opère peut-être un retour à la culture du Moyen Age, avec des lettrés dans leur bibliothèque et des saltimbanques s'agitant autour du pouvoir. L'intellectuel attentif à ses contemporains, à la réalité de son temps et à la vérité n'aura-t-il été qu'une brève parenthèse inaugurée par Zola? Constatant au cours du siècle une «baisse tendancielle du taux moyen de perspicacité», Régis Debray le pense. Mais faut-il encore croire un intellectuel?

Combattre l’oligarchie pour refonder la démocratie

28 AVRIL 2019 PAR LAURENT MAUDUIT

Le projet de Macron de supprimer l’ENA relève de l’embrouille. Son but n’est pas de renouer avec l’ambition démocratique originelle de l’école ni de combattre le système oligarchique. Pour cela, il ne faudrait pas avoir HEC pour modèle ; et il faudrait prendre d’autres mesures, plus ambitieuses, pour combattre une caste dont le porte-drapeau est… le chef de l’État lui-même.

Au lendemain de l’intervention différée d’Emmanuel Macron, du fait de l’incendie de Notre-Dame de Paris, de nombreux médias se sont fait l’écho de l’allocution que le chef de l’État avait initialement l’intention de prononcer et ont annoncé les mesures qu’il voulait à cette occasion dévoiler.

Avec une disposition choc : la suppression de l’École nationale d’administration (ENA). Et Le Parisien en a dit, sur le moment, un peu plus, précisant que le chef de l’État souhaitait remplacer la célèbre école créée en 1945 par Michel Debré par un nouvel organisme qui se dénommerait « Institut supérieur des fonctionnaires ». Ce qui aurait conduit à la renaissance d’un sigle très célèbre, mais pour une autre raison : ISF.

L’Élysée s’est-il tardivement rendu compte que c’était une terrible boulette dans un contexte où le mouvement des gilets jaunes réclame le retour à l’ISF, le vrai, dans un souci de justice fiscale ? Selon le quotidien Libération, c’était en fait un poisson d’avril, et Le Parisien a mordu à l’hameçon en croyant à des rumeurs qui circulaient sur les réseaux sociaux.

L’anecdote est dérisoire mais fonctionne tout de même comme une alerte : elle invite à comprendre que le projet de suppression de l'ENA envisagé par le chef de l’État a tout de l’embrouille. Et quand bien même n’y aurait-il pas eu cette maladresse, comment ne pas flairer un tour de bonneteau ! Voici un chef de l’État qui est la quintessence même de ce que l’ENA peut produire de nos jours, qui est lui-même passé par cette école, avant d’intégrer l’Inspection des finances, puis comme tant d’autres de ses congénères qui a abandonné le service de l’intérêt général pour rallier la finance, en l’occurrence la banque Rothschild, et qui voudrait maintenant nous faire croire qu’en supprimant cette école, il va mettre un terme aux dérives dont elle est le symbole.

Voici un président de la République qui est devenu, par un concours de circonstance politique exceptionnel, le porte-drapeau de la nouvelle oligarchie française, dont l’ENA est le principal centre de formation, et dont l’Inspection des finances est la colonne vertébrale, et qui voudrait nous faire croire qu’il est le mieux à même, par cette mesure symbolique, d’endiguer ces dérives oligarchiques qui anémient notre démocratie. Face à un semblable enfumage, nul n’est dans l’obligation d’être dupe.

Car, ce jeudi 25 avril, pour sa véritable conférence de presse, Emmanuel Macron a bel et bien confirmé son intention de supprimer l’ENA. Il a ainsi annoncé son intention de « supprimer entre autres l’ENA, pour bâtir quelque chose qui fonctionne mieux ». Il faudra « garder les locaux, les agents qui y sont, d’excellente qualité », a-t-il dit mais « je ne crois pas du tout au rafistolage ». Le chef de l’État, qui va installer une commission présidée par Frédéric Thiriez et chargée de lui faire des propositions, veut une réforme « large ».
Il a indiqué qu’il entendait que la réforme touche au mode de recrutement des hauts fonctionnaires, à l’enseignement qui leur était dispensé, ainsi qu’à leur carrière. Dans la foulée, Emmanuel Macron a aussi annoncé qu’il voulait aller au-delà : « Je souhaite que nous mettions fin aux grands corps, nous avons besoin de services d’excellence et plus de protection à vie », a-t-il ajouté.

Alors faut-il en conclure que l’on s’est trompé et qu’Emmanuel Macron, après avoir été le candidat de l’oligarchie (lire ici), va être le président qui va maintenant lui briser les reins ? Prudence ! Sérions les problèmes, et essayons de déjouer le piège tendu par Emmanuel Macron, ce qui n’est en vérité guère difficile, car la ficelle est un peu grosse.

Un premier indice éveille le soupçon : personnage connu du capitalisme de connivence à la française, longtemps président de la Ligue professionnelle de football (on retrouvera ici une enquête de Mediapart le concernant) et figure emblématique du foot-business, Frédéric Thiriez est aussi un très proche de Bernard Tapie, dont il a récemment défendu les intérêts devant la Cour de cassation. Ce qui ne fait pas forcément de lui la personne qui inspire le plus confiance pour conduire une mission désintéressée sur l'avenir de la haute fonction publique française. Disons même les choses plus nettement : ce choix est de très mauvais augure.

Quoi qu'il en soit, la meilleure façon de s’y prendre est d’essayer de trouver les réponses multiples à une question centrale : comment briser le système oligarchique français et, ce faisant, refonder notre démocratie ?

Contre le tour de passe-passe qu’il veut opérer avec l’ENA, il faut donc ouvrir le débat autour de l’école, en n’ignorant pas qu’il est complexe et en se refusant à toute solution simpliste. Un premier constat ne fait guère de doute : il faut que toute réforme, quels qu’en soient les contours, garantisse l’égalité d’accès aux carrières publiques. Car à l’origine, c’est cela qui a conduit quelques grands républicains à envisager la création de l’ENA.

Ce fut l’ambition d’Hippolyte Carnot (1801-1888), quand il créa, en 1848, en sa qualité de ministre de l’instruction, la première ENA en France, laquelle ENA fut supprimée un an plus tard par le très réactionnaire Alfred de Falloux (1811-1886), sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte : il s’agissait, dans l’esprit de Carnot, de briser les réseaux oligarchiques et aristocratiques, de doter la jeune République d’une haute fonction publique répondant à ses valeurs et ouverte au peuple tout entier (lire ici).

Et quand, le 1er août 1936, le ministre radical de l’Éducation Jean Zay (1904-1944) dépose sur le bureau du Parlement, au nom du président du Conseil Léon Blum (1872-1950), un projet de loi « autorisant la création d’une École nationale de l’administration relevant directement du ministère de l’Éducation nationale », c’est le vieux projet démocratique d’Hippolyte Carnot qu’il veut relancer – projet qui, à cause de la guerre, n’aboutira pas.

Une plongée rapide dans l’histoire peut donc faire penser que l’ENA qui voit le jour en 1945, à l’initiative de Michel Debré (Emmanuel Macron s'est trompé et a évoqué la date de 1958), n’est que la reprise des vieux projets démocratiques antérieurs, ceux d’Hippolyte Carnot et de Jean Zay. C’est ce qu’a prétendu, la semaine passée, le 19 avril, Jean-Louis Debré – le fils de Michel Debré et ancien président du Conseil constitutionnel, au micro d’Europe 1.


Supprimer l'ENA ? «C'est une astuce politique», s'agace Jean-Louis Debré. © Europe 1
« L’ENA a été créée par la République, pour la République, par les républicains », a ainsi fait valoir Jean-Louis Debré. Puis, rappelant que les socialistes et les communistes avaient eux-mêmes renoncé en 1981 à supprimer l’école, il a lâché en conclusion : « Finalement, il y a deux personnes qui auront voulu ou qui veulent supprimer l’ENA : Napoléon III et Macron. »

De la noblesse d’État à la noblesse privatisée
Le raccourci est pourtant un peu rapide. Car c’est faire l’impasse sur deux faits majeurs, qui changent la donne du débat. D’abord, d’emblée, l’ENA, telle qu’elle est créée, s’écarte de l’ambition démocratique qui était supposée l’animer, car elle est conçue par Michel Debré comme l’école de formation de la haute fonction publique dont pourrait avoir besoin un État autoritaire. C’est l’aveu que fait le général de Gaulle, le 17 novembre 1959, lors d’un discours devant les élèves de l’ENA : « Rien n’est possible si les pouvoirs n’ont pas à leur disposition une administration qui soit adéquate à ces pouvoirs mêmes ; et c’est là que s’est posée, dès 1945 et en prévision de ce qu’un jour nécessairement les pouvoirs devraient être, la question de l’École nationale d’administration. » En somme, l’ENA a été conçue d’emblée en 1945 comme l’école de la haute fonction publique dont pourraient avoir besoin les institutions de 1958, celles du « coup d’État permanent ».

Mais surtout, au fil des décennies, l’ENA s’écarte de plus en plus de l’ambition démocratique qui avait présidé à sa naissance, pour se muer progressivement en son exact contraire : au lieu d’être le centre de formation d’une haute fonction républicaine, accueillant toute la diversité sociale du pays, elle prend très vite les traits de plus en plus accentués de cette Noblesse d’État, que stigmatise Pierre Bourdieu dans son célèbre essai, en 1989.
Et quand, avec le recul, on y réfléchit, on se rend compte que les choses se sont encore plus aggravées, tout au long des années 1990 puis 2000. Car la « noblesse d’État » dont parlait Bourdieu a disparu pour laisser la place à une « noblesse privatisée » : en clair à une haute fonction publique, qui a pactisé avec les cercles dominants de la finance, se comportant fréquemment à la manière de mercenaires, s’attachant à promouvoir les appétits privés au détriment de l’intérêt général. Et cette évolution, l’ENA l’a accompagnée jusqu’à la caricature, contribuant à former des cohortes de hauts fonctionnaires adeptes de la « pensée unique » – néolibérale, il va sans dire. Au lieu d’être le centre de formation de la haute fonction publique républicaine, elle est ainsi devenue le centre d’endoctrinement de l’oligarchie.

Cette évolution a été tellement caricaturale qu’on en vient donc à se souvenir que c’est Marc Bloch (1886-1944) qui, en d’autres temps, avait vu juste. Reprochant dans L’Étrange Défaite au Front populaire d’avoir songé à créer l’ENA, il avait fait valoir qu’un tel centre unique de formation était dangereux et qu’il fallait laisser à l’Université, dans le pluralisme de ses approches, le soin de former les élites publiques.

C’est cette mise en garde qui m’a, personnellement, convaincu et amené à penser que la suppression de l’ENA était sans doute une évolution inévitable, tant les phénomènes oligarchiques en France étaient accentués. Le mal est si grave qu’il faut sûrement un électrochoc. Pour autant, sans doute ne faut-il sûrement pas avoir autour de l’ENA un débat théologique. Car d’autres voix, qui ne manquent pas de pertinence, préconisent d’autres solutions, comme celles d’une réforme radicale de l’école.

On lira par exemple avec intérêt sur ce billet de blog les vifs commentaires de Pierre-Yves Collombat, sénateur du Var et rapporteur de la commission d'enquête sur les mutations de la haute fonction publique (devant laquelle j’ai moi-même été entendu) ; et les remarques ou suggestions d’Olivier Saby, auteur en 2012, de Promotion Ubu roi, dans lequel il apportait son témoignage sur l’enseignement, vu de l’intérieur, à l’ENA.

Pas de débat théologique donc ! La suppression de l’ENA me semble la meilleure des voies, mais d'autres citoyens, dans le même souci de refondation démocratique, privilégient d’autres pistes. On peut aussi consulter ici la proposition de loi déposée le 21 février dernier par le même sénateur Pierre-Yves Collombat, qui fourmille d’idées intéressantes.

L’urgence de cette réforme, qu’il s’agisse d’une suppression ou d’une refondation radicale, fait d’autant moins de doute que l’ENA a cette caractéristique de former des hauts fonctionnaires qui pensent en effet tous pareillement. C’est le creuset du diktat « Tina » (« There is no alternative », ou si l’on préfère « il n’y a qu’une seule politique possible »). Tournant le dos à un enseignement ouvert sur le monde et sa complexité, refusant d’admettre que l’économie politique c’est l’art des possibles, qui sont toujours multiples, cette école forme depuis de longues années des comptables arrogants et méprisants, qui ne sont en rien représentatifs de la diversité et de la pluralité du pays. Et le pire, c’est qu’elle en convient elle-même. Chaque année, le rapport du jury au concours d’entrée à l’ENA pointe ainsi du doigt, inlassablement, les ravages du conformisme.

Le rapport de 2017 en est une illustration récente. Concernant l’épreuve de droit, le jury soulignait ainsi « une certaine unicité de vues entre les candidats » et même une « frilosité » qui empêcherait les aspirants énarques de « proposer une réflexion, une vision personnelle du sujet ». Les correcteurs relevaient l’uniformité des candidats, qui préparent quasiment tous les concours dans les mêmes établissements, utilisent les mêmes références… et régurgitent donc les mêmes connaissances lors des épreuves. En clair : des clones ânonnant une pensée unique. « D’une manière générale et très regrettable, les candidats ont fortement tendance à construire leur devoir à partir de fiches toutes préparées par thèmes », regrettait le jury, qui se désespérait de « traquer l'originalité comme une denrée rare » (lire ici). Et ce qui est vrai à l’entrée de l’ENA l’est plus encore à la sortie !

C'est l’une des raisons de la constitution progressive d’une pensée « bercyenne », si l’on peut dire, qui fait des ravages depuis tant d’années, avec une ribambelle de rapports publics, du rapport Olivennes du début des années 1990 jusqu’au rapport Attali-Macron de 2007-2008, en passant par les rapports Pébereau, Camdessus, Cette, et tant d'autres... qui disent tous la même chose : il y a trop d’impôt, trop de déficit ! Il faut supprimer le Smic ! La France vit au-dessus de ses moyens ; il faut réduire la dépense publique ! Voici très exactement ce qu’est devenue l’ENA : c’est un centre d’endoctrinement qui forme des perroquets répétant en boucle depuis des lustres les mêmes âneries néolibérales.

Alors, si pour les jeunes qui rêvent de se dévouer pour la chose publique, on pouvait imaginer un enseignement plus riche et plus ouvert ; un enseignement soulignant que l’économie n’est pas une science exacte mais une branche des sciences sociales dont la richesse est fonction de la diversité des approches ; un enseignement où la question sociale ne se réduit pas aux comptes de la Sécurité sociale… on aurait sûrement fait un grand pas.

Est-ce donc dans cette direction d’une plus grande ouverture de l’ENA vers le monde de l’Université que veut s’engager Emmanuel Macron ? C’est ce qu’il a suggéré, allant même jusqu’à poser la question : l’école n’est-elle pas un « moule à penser unique » ? Avant de faire mine de jouer la carte de la franchise : « Ce n’est pas totalement faux », a dit Emmanuel Macron, qui est alors passé sur le registre de la confidence : « Il se peut que j’aie cotisé moi-même. » Il faut, selon lui, « une formation plus ouverte à l’international, au monde universitaire et à la recherche, et à ce qu’il apporte ».

Mais quelle forme prendra cette « formation plus ouverte à l’international, au monde universitaire et à la recherche » ? S’agira-t-il vraiment d’ouvrir une école remaniée vers le pluralisme ou s’agira-t-il de la rapprocher du modèle de HEC ? On verra bientôt qu’il ne faut pas prendre cette crainte à la légère.

« Re-républicaniser » la haute fonction publique
Dans tous les cas de figure, pour quiconque veut combattre l’oligarchie pour refonder la démocratie, l’essentiel est ailleurs : c’est que la suppression de l’ENA au profit d’un mode de formation plus ouvert des élites publiques, ou sa réforme radicale, devrait se combiner avec d’autres mesures énergiques. En particulier, une suppression de l’ENA n’aurait strictement aucun sens si elle ne se prolongeait pas par celle de l’Inspection des finances.

Car ce corps, présumé prestigieux, du ministère des finances, n’a strictement aucune utilité, sinon qu’il sert d’association d’entraides pour oligarques. C’est le quartier général de la finance au cœur de l’État, qui défend constamment les intérêts des lobbys privés et notamment du monde bancaire au sein de la citadelle de Bercy et dans les sommets de l’État.

Que l’on veuille bien observer, par exemple, qui sont les patrons des banques françaises : de BNP Paribas jusqu’à la Société générale, en passant par BPCE, et bien d’autres encore, ce sont tous des inspecteurs des finances qui ont déserté le service de l’intérêt général (les premiers d’entre eux, en profitant des privatisations qu’ils ont organisées à leur propre profit), pour y aller faire fortune et défendre les intérêts de la finance. Que l’on veuille bien examiner qui sont les PDG de la grande distribution : de Carrefour à Casino, ce sont encore des inspecteurs des finances, qui ont été formés pour servir l’État et qui, finalement, ont rallié, eux aussi, le monde de la finance.

Et c’est à cela que sert l’Inspection des finances, uniquement à cela : c’est un club très fermé où ceux qui sont déjà passés dans le privé peuvent aller recruter ceux qui ne s’y sont pas encore résolus. C’est en quelque sorte un accélérateur de carrière, qui fonctionne au détriment des intérêts de l’État, et pour le plus grand profit des milieux d’affaires.

Mais c’est encore plus grave que cela, puisque depuis quelques années, après les pantouflages, nous avons découvert un phénomène nouveau et massif, celui des rétro-pantouflages. Comme Mediapart l’a souvent chroniqué (lire par exemple ici), nous avons en effet assisté à une véritable privatisation des postes clés de la République : partis faire fortune dans le privé, des inspecteurs des finances sont revenus vers le public, sentant que l’accession au pouvoir de l’un des leurs, Emmanuel Macron, leur offrait de nouvelles et formidables opportunités. Pour ainsi dire, nous avons été les spectateurs d’une sorte d’opération de prédation : des mercenaires de la finance sont revenus vers la sphère publique et l’ont colonisée au profit de la finance.

Et cette fois encore, c’est l’Inspection des finances, et beaucoup de ses membres, qui ont été aux avant-postes de ce combat. C’est elle qui a co-organisé cette consanguinité malsaine public/privé. Posons-nous par exemple une question : y a-t-il la moindre différence entre l’Inspection des finances, qui œuvre au cœur de l’État, et l’Association française des banques, qui œuvre au profit du plus puissant lobby français, celui des banques ? Pour ceux qui connaissent ces deux microcosmes, la réponse est simple : de différences, il n’y en a aucune. Ces deux microcosmes sont les mêmes ; ils sont poreux ; leurs membres sont interchangeables ; ils pensent tous pareillement et défendent les mêmes causes, le plus souvent contre le monde du travail.

Ce très puissant lobby que constitue l’Inspection des finances et qui œuvre au sein de l’État au profit des intérêts privés, il faudrait donc le supprimer. Dans sa symbolique, cette mesure serait assurément aussi forte que la suppression de l’ENA mais elle aurait sans doute des implications beaucoup plus lourdes. Vieux débat ! Déjà à la Libération, de nombreux résistants avaient demandé la suppression de l’Inspection des finances, dont des figures connues avaient les années précédentes rallié le régime de Vichy. Et une disposition législative avait été élaborée en ce sens. Mais finalement, le ministre de la fonction publique de l’époque y avait mis son veto, un certain… Maurice Thorez.

Cette réforme, il serait donc judicieux de la reprendre aujourd’hui. Non pas que l’Inspection des finances soit le seul grand corps de l’État qui ait un rôle pernicieux. On pourrait tout autant accabler le corps des Mines, qui a eu un rôle détestable ces dernières décennies, notamment en accaparant les grands choix nucléaires français et en interdisant de facto au pays de s’en saisir. Il reste que l’Inspection des finances est le cheval de Troie de la finance au sein de l’État, et qu’il y a une particulière urgence à y mettre le holà.

L’Inspection des finances a une responsabilité très particulière dans le discrédit qui pèse sur tous les grands corps de l’État. Car, ceux qui entrent à l’Inspection des finances n’ont maintenant plus qu’une hâte, c’est d’en sortir le plus vite possible – ce qui est moins vrai pour le Conseil d’État ou pour la Cour des comptes, qui pourtant sont, dans l’opinion, souvent englobés dans le dévoiement de ce système et souffrent du même discrédit.

Ce qui compte à l’Inspection des finances, c’est qu’elle offre la première ligne d’un curriculum vitae pour de jeunes Rastignac, qui rêvent d’aller faire fortune le plus vite possible. Où sont les hauts fonctionnaires qui rêvent de faire une grande carrière au service de l’intérêt général, à la manière d’un François Bloch-Lainé (1912-2002) ? Il n’y en a plus, et c’est l’Inspection des finances qui a grandement perverti le système. Tant et si bien que le rêve des plus jeunes inspecteurs des finances, maintenant, c’est de marcher sur les brisées d’un Jean-Marie Messier, ou plus récemment, d’un Matthieu Pigasse (administrateur civil du Trésor) ou d’un Emmanuel Macron. C’est en cela que la suppression de l’Inspection des finances serait une œuvre de salubrité publique.

Alors, en annonçant son souhait de mettre « fin aux grands corps », va-t-il réellement supprimer en particulier l’Inspection des finances ? En réponse à cette question, deux constats sautent aux yeux : d’abord, si Emmanuel Macron passe à l’acte et supprime les grands corps, on ne pourra s’empêcher de penser que le Conseil d’État ou la Cour des comptes auront aussi fait les frais des dévoiements de l’Inspection des finances, qui sont les plus spectaculaires. Et dans tous les cas de figure, mieux vaudra juger sur pièces avant de se réjouir trop tôt.

Et pour une bonne raison : Emmanuel Macron a clairement fait comprendre que, dans son esprit, il n’était pas question d’endiguer cette porosité généralisée qui s’est installée entre les affaires publiques et les affaires privées ; encore moins question d’interrompre ce mouvement d’essuie-glaces perpétuels qui voit de plus en plus de hauts fonctionnaires travailler un jour dans le public, le lendemain dans le privé, le surlendemain dans le public. Tout au contraire, il a plaidé pour « davantage de passerelles pour permettre à des gens qui viennent du privé, du monde associatif d’intégrer la haute fonction publique ». En clair, il a fait comprendre que la porosité s’accentuerait encore.

Or, tout est là. Si la suppression de l’ENA peut avoir un sens, c’est afin – pardon pour ce néologisme – de « re-républicaniser » le métier de haut fonctionnaire ; c’est pour reconstruire une éthique publique ; c’est pour redonner sa noblesse au service de l’intérêt général. Et du même coup, une suppression de l’ENA, ou sa totale refondation, devrait aller de pair avec la reconstruction de l’ancienne muraille de Chine qui séparait le public du privé, pour mettre fin à cette porosité généralisée qui a fait de si graves dégâts ces dernières années.

Gérer l’État comme une entreprise
Au fil de ces derniers mois, Mediapart, sous la plume de ma consœur Martine Orange ou sous la mienne, n’a cessé de tenir la chronique des dérives graves auxquelles conduit cette porosité généralisée. À preuve, le cas du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, qui a longtemps caché ses liens familiaux avec le groupe de transport maritime MSC, tout en défendant ses intérêts dans les fonctions publiques qu’il a occupées (voir ici notre dossier).

À preuve encore, le cas stupéfiant d’Emmanuel Moulin, administrateur civil du Trésor, qui quitte Bercy pour devenir secrétaire général de Mediobanca, établissement qui peu après devient la banque conseil de l’État français pour la privatisation de l’aéroport de Nice, alors que cette même banque Mediobanca est par ailleurs actionnaire minoritaire du consortium qui va… remporter la privatisation ; ce qui n’empêche pas, par la suite, le même Emmanuel Moulin de revenir à Bercy pour devenir le directeur de cabinet de l’actuel ministre des finances, Bruno Le Maire (lire ici).

Plus encore que les dérives de l’ENA, c’est assurément cette porosité généralisée qui abîme le service public, qui dissout le sens de l’intérêt général. Dans la foulée d’une suppression ou refondation de l’école, il serait donc impérieux de reconstruire cette muraille de Chine : en revoyant et en durcissant les dispositions du code pénal qui encadrent le pantouflage ; en donnant à la commission de déontologie de la fonction publique des moyens d’investigation et de contrôle qu’elle n’a jamais eus ; pourquoi pas aussi en autorisant des départs de la fonction publique, mais à la condition d’en démissionner, sans possibilité de retour.

On sait bien que pour les hauts fonctionnaires, il existe mille manières, et autant de statuts, pour prendre ses distances avec la fonction publique, sans en démissionner. Dans le cas de l’Inspection des finances, c’est même encore plus scandaleux que cela : à 45 ans, on peut statutairement devenir inspecteur général, et on dispose alors d’un emploi à vie. On peut rallier le privé, avec l’assurance de pouvoir revenir à tout moment au bercail : à l’Inspection des finances.

Quiconque veut connaître les passe-droits des oligarques de Bercy peut par exemple s’intéresser à la carrière très emblématique d’une ex-figure de Bercy, Marie-Anne Barbat-Layani (lire ici) qui, après avoir commencé sa carrière dans le cabinet d'un ministre socialiste, dispose maintenant d’un tel emploi à vie, tout en occupant les fonctions de directrice générale de la… Fédération bancaire française !

Or, imagine-t-on un seul instant que le but d’Emmanuel Macron soit de refonder de la sorte la fonction publique pour interdire aux fermiers généraux d’une République dévoyée de profiter de tels avantages, tout en prônant l’austérité pour le plus grand nombre ? D’une formule, il a certes admis que la situation présente était choquante : « Aujourd’hui, quand on a réussi de bons concours », on a une situation « garantie à vie », a-t-il concédé, mais en défendant la nécessité de nouvelles passerelles entre le privé et le public.

Imagine-t-on que le chef de l’État veuille reconstruire la muraille de Chine entre intérêts publics et lobbys privés ? À l’évidence non, puisqu’il est le porte-drapeau de ce monde poreux, où les intérêts privés ont pris les commandes sur l’intérêt général. À l’évidence non, puisqu’il souhaite même pérenniser cette porosité, l’institutionnaliser, pour encourager les allers et retours des hauts fonctionnaires et faire en sorte que le temps qu’ils passent dans le secteur privé soit pris en compte dans leur ancienneté pour leur carrière publique. Une réforme qui conduit à l’implosion de la fonction publique, et qui fait du privé le seul critère qualifiant pour une carrière.

Du même coup, on comprend donc mieux dans quelle logique peut s’inscrire l’idée de suppression de l’ENA, telle que la conçoit Emmanuel Macron : il ne s’agit pas de renouer avec l’ambition démocratique d’Hippolyte Carnot, de Jean Zay ou de Marc Bloch. Il ne s’agit pas même de reconstruire une ENA, telle qu’elle avait été conçue par Charles de Gaulle et Michel Debré. Il s’agit bien plutôt de faire évoluer la forme de l’enseignement, pour qu’elle corresponde à l’idée qu’Emmanuel Macron se fait de la « start-up Nation ». En clair, il ne faut plus de hauts fonctionnaires qui aient le sens de l’État ; il faut des managers qui gèrent l’État à la manière d’une entreprise.

Si l’on y réfléchit bien, cette évolution majeure, Emmanuel Macron l’a déjà engagée. Voulant que la gestion publique se rapproche de la gestion privée et que l’État soit piloté à la manière d’une entreprise, le gouvernement prépare par exemple une réforme qui va modifier le rôle des comptables publics (lire ici). On peut donc supposer que c’est dans cette logique néolibérale de destruction de l’État que pourrait s’inscrire la réforme de l’ENA, de sorte qu’elle devienne l’École nationale des affaires (publiques/privées) et qu’elle se rapproche de ce que sont d’autres grandes écoles, comme HEC.

Autre indice très révélateur : pour 2019, c'est une dénommée Isabel Marey-Semper, qui a été choisie comme présidente de jury des concours d’entrée à l’ENA. Un choix qui retient l’attention car l’intéressée a fait toute sa carrière dans le secteur privé. Chez L’Oréal jusqu’en décembre 2017, où elle était membre du comité exécutif du groupe, directrice de la communication et des affaires publiques, après être passée par PSA Peugeot Citroën ou encore Saint-Gobain. Ce qui vient confirmer que même ici, c’est le privé qui a pris les commandes.

Il s’agit, en quelque sorte, de rapprocher l’ex-ENA de la vie des affaires. C’est en cela que le sigle d’ISF, même s’il s’agit d’une fausse rumeur, fonctionne, en fin de compte, comme un révélateur.

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