LA REVUE DES DEUX MONDES


La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l'administration et des mœurs fut fondée le 1er août 1829 par Prosper Mauroy et par Pierre de Ségur-Dupeyron, et éditée par François Buloz pour donner une tribune aux idées en France en relation avec les autres pays d'Europe et avec le continent américain en particulier. Elle est sans doute la plus vieille revue européenne encore en activité.

En janvier 1830, son titre devient Revue des deux mondes. Journal des voyages, de l'administration et des mœurs, etc., chez les différens peuples du globe ou archives géographiques et historiques du XIXe siècle ; rédigée par une société de savants, de voyageurs et de littérateurs français et étrangers. Dès 1831, François Buloz en devient le rédacteur en chef. Il accueille Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, Honoré de Balzac, Sainte-Beuve, Charles Baudelaire, George Sand, Alfred de Musset et autres grands noms de la littérature de cette époque, car, à l’origine, c’est la littérature qui domine le contenu de la revue.

L'objectif de la revue est de développer l'esprit critique et l'analyse de la vie politique au sens large (mode d'administration, organisation civile et politique, ressources financières, industrielles ou agricoles) en comparant avec ce qui se vit dans le reste du monde. Comme le dit l'éditorial du premier numéro : « voir les mêmes principes diversement compris et appliqués en France et en Angleterre, au Brésil et en Allemagne, sur les bords de la Delaware et sur les rivages de la mer du Sud ». Les deux Mondes sont donc la France et le reste du Monde.

Toutefois, la politique, l’économie et les beaux-arts y prendront par la suite une place importante. Libérale jusqu'en 1848, elle amorce ensuite un tournant plus conservateur. Sous le Second Empire, elle est une revue d’opposition. Après la mort en 1877 de François Buloz, qui avait soutenu Adolphe Thiers, la revue est dirigée entre autres par Charles Buloz, fils de François, qui y accueille Paul Bourget, puis par Ferdinand Brunetière, critique influent et membre de l’Académie française en 1900. Elle compte 26 000 abonnés en 1855.

À la fin du xixe siècle, sous l’influence de Ferdinand Brunetière, la revue soutient l’Église catholique contre les offensives anticléricales. Comme la grande majorité des revues, celle-ci se politise davantage à l'occasion et à partir de l'affaire Dreyfus4. En 1945, elle change de titre pour devenir La Revue, littérature, histoire, arts et sciences des Deux Mondes. Puis elle fusionne en 1956 avec le mensuel Hommes et mondes. Devenue mensuelle en 1969, elle prend le nom de Revue mensuelle des Deux Mondes en 1972, pour retrouver son titre d’origine La Revue des Deux Mondes en 19826.

La Revue des deux Mondes, fut dirigée par l'écrivain et critique littéraire Michel Crépu, avant d'être remplacé par Valérie Toranian fin 2014, et compte environ 5 000 abonnés, pour un tirage proche de 8 000 exemplaires7. Si Commentaire l'a détrônée comme revue intellectuelle de référence des droites4, elle garde un certain rayonnement dans le monde intellectuel, ce dont témoignent les chroniques régulières de son ancien rédacteur en chef dans l'émission radiophonique Le Masque et la Plume sur France Inter.

Depuis le 14 mai 2008, deux innovations sont à signaler : elle décerne d'une part un prix de l'Essai, doté de 10 000 €, dont le premier lauréat est le byzantiniste Gilbert Dagron, pour son livre Décrire et peindre (Gallimard, 2007) ; d'autre part, elle met peu à peu en ligne l'intégralité de ses articles, depuis la création de la revue.

Revue Esprit - article de La Croix de 2012


Fondé en 1932, en pleine crise économique, par le philosophe Emmanuel Mounier, Esprit fête ses 80 ans dans un contexte difficile et stimulant pour les revues.

En janvier 2012, Marc-Olivier Padis prendra la succession d’Olivier Mongin à la direction de la rédaction.

Les générations se succèdent, une histoire se poursuit… Se prêtant au jeu des anniversaires, la revue Esprit n’a pas à rougir de ses 80 ans, à l’occasion desquels le témoin sera transmis entre Olivier Mongin et Marc-Olivier Padis à la direction de la rédaction. Le titre de son dernier éditorial en témoigne : il reprend et confirme l’appel lancé par Emmanuel Mounier, son fondateur, en 1932, à « Refaire la Renaissance (1) ».

Le philosophe catholique relevait alors avec clairvoyance la profondeur d’une « crise de civilisation », cumulant tempête économique (krach de 1929), morale et politique (nazisme, communisme, contestation de la démocratie…). La revue naîtra d’un souci de reconstruire un humanisme fondé sur la personne, menacée par le capitalisme, l’individualisme, l’utilitarisme et le matérialisme. Ses seules forces seront celles de « l’esprit », avec et sans majuscule : le travail de l’intelligence et l’ouverture au spirituel.

Quatre-vingts ans après, la crise est toujours là… Esprit aussi ! Plus qu’une identité, la revue s’est forgé un style : faire vivre un espace public intellectuel, plus vaste que l’université, en prise avec le politique. être ancrée à gauche, mais indépendante. Rassembler un collectif fortement marqué par le christianisme, mais non confessionnel et ayant toujours compté en son sein des non-chrétiens et des non-croyants. « La vraie frontière passe entre ceux qui se posent des questions et ceux qui ne s’en posent pas », résume Paul Thibaud, directeur de la revue de 1977 à 1989, pour expliquer cette ouverture congénitale.

Diversité interne

Depuis les origines, Esprit a développé une vision de l’engagement « qui s’oppose au purisme des bonnes intentions », rappelle Paul Thibaud. « C’est l’idée que nous ne connaissons nos valeurs qu’à travers les situations auxquelles nous sommes confrontés qui nous permettent de les éprouver. » Cette manière de faire a montré sa fécondité. Elle a permis à la revue de poser des choix, en faveur de la démocratie, de l’État providence, contre la guerre d’Algérie ou les totalitarismes.

Elle l’a rendue attentive aux enjeux de l’urbanisme, de la mondialisation, de solidarité et de justice sociale… La revue a puisé sa force dans sa diversité interne. « Esprit a toujours abrité une tendance plus critique et une tendance plus réformiste, explique Goulven Boudic, historien (2). Cette oscillation permanente fait partie de sa carte génétique : la revue refuse de choisir un camp, tout en faisant vivre une diversité en son sein. »

Aujourd’hui, la publication, vendue à 8 000 exemplaires (à parts égales en kiosque et à l’abonnement), doit tracer sa route dans un contexte complexe. Il y a d’abord les difficultés internes. Les finances sont assurées à court terme, mais l’avenir économique doit être consolidé. Le lectorat doit être renouvelé, tout comme le vivier des collaborateurs. Olivier Mongin et Marc-Olivier Padis, qui partagent la direction de la revue, font sur ce point un même diagnostic : Esprit a eu tendance à devenir trop universitaire ces dernières années. « Ce phénomène est lié à l’effondrement des groupes sociaux où la revue était une référence (catholiques de gauche, militants politiques et syndicaux…), dont les membres écrivaient pour Esprit, analyse Goulven Boudic. Aujourd’hui qui écrit pour qui ? La question n’est pas simple… »

De la hauteur dans les débats

À l’extérieur, les obstacles ne manquent pas non plus : crise économique qui rend l’achat d’une revue coûteux, baisse de la lecture, hyperspécialisation de la vie intellectuelle, ­désintérêt du politique et accélération médiatique qui marginalisent le monde des idées… Mais il en faudrait plus pour décourager les gens d’Esprit. « Dans une période de turbulence, on a besoin de retrouver des zones de stabilité, c’est ce que nous offrons », souligne Olivier Mongin. « Notre préoccupation est de redessiner un paysage global, alors que chacun à tendance à s’enfermer dans sa profession, sa spécialisation… », complète Marc-Olivier Padis.

Face à la croissance des inégalités et des fragilités sociales, Esprit veut continuer à accompagner de manière critique la modernité. « Il faut dire que ce monde est dur, mais que nous ne sommes pas condamnés à la désespérance, insiste Olivier Mongin. Et je crois que c’est en cherchant à comprendre ce monde que l’on peut sortir de la désespérance. » De cette espérance réaliste, typique d’Esprit, le philosophe Paul Ricœur avait fait une belle formule : « Il faut faire le pari que les avancées du bien se cumulent, mais que les intempéries du mal ne font pas système. »

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Marc-Olivier Padis, nouveau directeur de la rédaction

Âgé de 44 ans, Marc-Olivier Padis prendra début janvier la direction de la rédaction de la revue Esprit, succédant à Olivier Mongin – qui reste directeur de la publication et s’attellera à repenser le modèle économique de la revue. Normalien, agrégé de lettres modernes, Marc-Olivier Padis a rejoint la revue lorsqu’il était étudiant, au début des années 1990. Engagé comme secrétaire de rédaction en 1993, il en était le rédacteur en chef depuis 2004. Proche des courants sociaux-démocrates, Marc-Olivier Padis a été chargé de mission à La Vie des idées et membre fondateur du « think tank » de gauche Terra Nova en 2008. Comme tous les directeurs d’Esprit depuis sa fondation, Marc-Olivier Padis est de convictions catholiques.

REVUE COMMENTAIRE

2017 : possibilité d'abonnement numérique.

Commentaire est une revue intellectuelle trimestrielle fondée par Raymond Aron en 1978 « qui s'inquiétait de la perspective d'une arrivée de la gauche socialiste et communiste au pouvoir »1, succédant à la revue Contrepoint. Elle est actuellement dirigée par Jean-Claude Casanova et tire à 6 000 exemplaires.

Positionnement politique

Ses auteurs aux parcours et horizons divers ont pour objectif d'éclairer leurs lecteurs sur toutes les grandes questions contemporaines, et de défendre les principes qui doivent gouverner les sociétés libérales.

Selon Olivier Corpet, Commentaire serait la « seule revue intellectuelle de droite qui compte vraiment ». Elle conserve depuis sa fondation une ligne éditoriale proche de la pensée d'Aron, un libéralisme tempéré, mâtiné de conservatisme, d'atlantisme et favorable à la construction européenne. Selon Jean-Claude Casanova : « Si on trace un axe droite-gauche ils [les rédacteurs] se répartissent pour un tiers à gauche et pour deux à droite. 

Si on réintroduit le centre, je dirai un quart à gauche et le reste entre le centre et la droite. J’ajoute immédiatement que ce n’est pas la division essentielle. Celle des professions, des sensibilités philosophiques, des disciplines de formation ont sans doute plus d’importance que la répartition partisane ou politique. »

REVUE LE DEBAT

Le Débat a été fondé en mai 1980 par l'historien Pierre Nora, qui anime depuis 1966 le secteur des sciences humaines chez Gallimard. Il est l'éditeur de Raymond Aron, Georges Dumézil, François Jacob, Michel Foucault, Emmanuel Le Roy Ladurie, François Furet, Jacques Le Goff… pour ne citer que quelques noms. Sans oublier Marcel Gauchet, devenu rédacteur en chef de la revue. Le Débat est donc apparu comme l'émanation de ce milieu intellectuel – un instrument indispensable d'analyse et de discussion, à leur meilleur niveau, des grands problèmes et débats du monde contemporain. 

Le Débat vu par Pierre Nora : 
«Pour qui avait, au début des années 80, le sentiment aigu d'un monde à tous égards nouveau, la tâche était claire : lutter sur deux fronts, contre la réduction médiatique d'un côté, la spécialisation universitaire de l'autre ; maintenir un espace de discussion publique ; défendre et illustrer un travail intellectuel de réflexion et de critique. Ce travail, nous l'avons distribué autour de trois axes : histoire, politique, société. 
Histoire, parce qu'un immense travail de sélection critique et d'enregistrement réfléchi s'impose d'un siècle qui, loin de se solder par un bilan tragique et négatif, a le plus profondément et radicalement enrichi la connaissance de l'homme par l'homme et démultiplié sa conscience de lui-même. Et l'affrontement du suivant implique la réinterprétation générale de notre tradition et de notre héritage. Notre avenir appelle l'histoire, si nous ne voulons pas être les orphelins du passé. 
Politique, parce que le ralliement général aux valeurs et aux principes de la démocratie n'est pas la sortie de l'histoire. La généralisation de la démocratie est le début de la confrontation concrète à la multitude des problèmes dont personne ne peut prétendre, sauf les démagogues, détenir la solution : de la démocratisation du système politique à la réforme fiscale en passant par la réforme de la puissance publique, de l'État Providence et de l'Université. Le Débat n'a pas arrêté d'en débattre. 
Société, enfin, parce qu'une collectivité nationale comme la France, qui ne se vit plus dans le conflit politique et religieux radicalement exterminateur, se doit d'abord, si elle veut apprendre à gérer ses antagonismes, de repérer et de comprendre ses formes nouvelles. Depuis l'attention portée aux nouvelles pratiques de l'individualisme démocratique, comme le sport, la mode, la publicité, la télévision, les loisirs jusqu'aux formes les plus conflictuelles des ruptures sociales : villes invivables, nouvelles conditions de l'exclusion et du conflit des générations, contradictions de l'économie et affrontements nés de l'immigration. 
Un tel type de travail, modeste et de longue haleine, loin de toute attitude sectaire, prophétique, partisane, étroitement militante et purement protestataire, suppose la convocation et l'analyse de tous les éléments qui permettent d'essayer de comprendre un monde de plus en plus compliqué, et, en fournissant des clés d'intelligibilité, d'en permettre la maîtrise. À l'urgence de l'engagement s'est substituée, pour nous, la priorité du jugement. Le refus de l'engagement politique partisan n'est que le produit d'une volonté de responsabilité civique.»

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