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Simple ou complexe ? Tout le monde manipule de l'argent mais combien de personnes comprennent les mécanismes de création monétaire ? y compris au sein même d'une banque ?

La monnaie a remplacé le troc de biens. Trop compliqué d'échanger des centaines de baguettes de pain contre des chaussures etc. Avec la monnaie, existe un étalon comparateur de prix et cérise sur le gâteau la possibilité de conserver la valeur créée (épargne).

Simple d'utilisation, la monnaie savère plus complèxe à appréhender lors qu'il s'agit de comprendre comment elle est créée et surtout comment elle fonctionne dans le cadre d'un système bancaire (post étalon or) national et même international.

La principale vertue que l'on demande à une monnaie c'est de la confiance et de la stabilité afin de permettre les échanges du commerce au sein du système économique. C'est donc une affaire sérieuse qui doit être surveillée par les représentants du peuple. Compliqué à organiser quand il s'agit d'une monnaie commune.

Une monnaie fonctionne grâce à un système financier organisé par une banque centrale qui fixe le taux d'intétêt et un cadre juridique légal.

La monnaie est donc aujourd'hui incluse dans un système très complexe, celui de la [finance] dans lequel se trouve les banques, les assurances et pleins d'organismes peu connus.

Préambule

Pour faire fonctionner une économie, il faut une monnaie. Car sans monnaie, nous devrions revenir au troc ce qui n'est plus possible dans une économie développée bien que des formes de trocs se développent grâce à Internet (échanges de savoirs-faires). 

La monnaie circule en quantités gigantesques bien que ses mécanismes demeurent mal compris. Paradoxalement, si la manipulation de l'argent est très simple, accessible à un enfant, les mécanismes de son fonctionnement sont beaucoup plus complexes voir encore aujourd'hui opaques.

Les débats sur la création monétaire paraissent ahurissant : certains affirment que les dépots des épargnants dans les banques " font les crédits". Pour d'autres, c'est l'inverse : "Les crédits font les dépôts". Les réponses à cette question ne se trouvent pas facilement dans la littérature économique disponible. Les experts manquent de clarté dans leurs explications. Ce qui se conçoit clairement devrait s'exprimer clairement pourtant...il y a beaucoup de confusion. 

Un autre exemple est celui des politiques monétaires des banques centrales : le Quantitative Easing de la Fed ressemble furieusement à la mise en route de la fameuse planche à billets. Mais alors pourquoi n'y a t-'il pas d'inflation ?  Pas de réponse sans efforts et encore....
 
Si Zola s'était intéressé à l'Argent dans son Roman éponyme, il décrivit plutôt un système de pouvoir. Il existe peu d'ouvrages sur la création monétaires excepté quelques livres universitaires abscons. L'économiste anthropologue, Paul Jorion a publié un livre lui aussi intitulé l'Argent , mode d'emploi (Fayard 2009).  Dans ce livre, l'auteur présente les problématiques soulevées par l'Argent prend à partie le discours majortitaire en jouant sur les concepts.

Zola et l'argent

Zola étudie tous les rouages d'une société capitaliste où l'argent est le moteur principal des relations économiques et humaines. Son attitude envers lui peut être illustrée par son commentaire au sujet de son roman du même nom « Je n'attaque ni ne défends l'argent, je le montre comme une force nécessaire jusqu'à ce jour, comme une force de civilisation et de progrès ». Il étudie donc la mécanique financière du grand magasin, le rôle joué par les grandes banques, l'importance de la production à grande échelle. Il analyse avec minutie le montage financier qui permet l'expulsion de Bourras qu'il qualifie avec lucidité de « canaillerie dans toute sa légalité ». Depuis son roman La Curée, sa vision a changé : la fortune ne se crée plus sur une malhonnêteté ; elle est le fruit du travail et de la compétence de grands capitaines d'industrie comme le baron Hartmann ou Octave Mouret. Les stratégies commerciales qu'il décrit sont encore d'actualité et dans cet univers mercantile, préfigurant la société de consommation, la femme est un enjeu économique, une « mine de houille » à exploiter.

Cependant, le rôle de l'argent à tous les niveaux de la société, le principe de l'intéressement, les primes données à ceux qui découvrent les erreurs des autres, induisent une lutte perpétuelle entre individus. Zola précise : « la lutte pour la vie est entière - chacun va à son intérêt immédiat ». Dans cette guerre continue, les plus faibles ou ceux qui n'arrivent à s'adapter sont écrasés. C'est ce qu'on appelle le darwinisme social. Les employés inefficaces sont renvoyés, les petits commerces détruits. La position de Zola sur cet envers du décor est ambigüe. L'attention qu'il met à faire éprouver au lecteur de la compassion pour les petits laisse penser qu'il est mal à l'aise à ce sujet. Denise, qui est sa porte-parole, souffre de cet état de fait mais finit par reconnaitre que « ces maux irrémédiables (...) sont l'enfantement douloureux de chaque génération ». Zola tente de lutter contre cette vision pessimiste, il cherche à voir, dans cette concurrence et ses effets, une condition nécessaire au progrès : si le meilleur gagne tout le monde en profite. Il tente avec le personnage de Denise, de montrer que cette grande machine capitaliste peut également profiter aux travailleurs qui peuvent bénéficier de conditions sociales améliorées. Mais certains lecteurs ne s'y trompent pas, Henri Guillemin, par exemple, y voit un « capitalisme triomphant » sous « un badigeon paternaliste.

Au départ était le troc

Pour comprendre les mécanismes de création monétaire, le plus simple est de partir d'un système basique d'échange de marchandise et de troc situé sur une île déserte. Un canadien est l'auteur d'une histoire de vulgarisation de la création monétaire (Louis Even) intitulée "l"île des naufragés".

Avant de revenir sur cet exemple, il faut garder en tête deux choses :

La Monnaie se déguise en plusieurs formes : en métal (une matière première, souvent de l'or ce qui limite son expansion), en papier imprimé, c'est la monnaie finduciaire (des billets) émise par un tiers de confiance comme une banque centrale) et monnaie scripturale (monnaie "fantôme" qui n'existe que dans les livres des banques ou d'intermédiaire). L'exitence de la monnaie scripturale s'avère antérieure à celle de la monnaie fiduciaire (en Egypte par exemple)

La Monnaie s'observe avec différentes vues : celle de l'économiste, celle du comptable et celle du juriste. Nous verrons que le manque de clarté des explications sur la monnaie provient de la confusion des observations. 

Le troc et L'intérêt des échanges

Deux couples de naufragés (ici sur une île des Fiji utilisée pour le tournage du film Seul au Monde avec Tom Hanks) échouent sur une île déserte. Pour subsister, partons du principe qu'ils peuvent pêcher et trouver un peu d'eau douce. 

Au départ, ils  n'échanges rien et leur production journalière est la suivante  :
Couple Crusoe : 2 rations d'eau et 2 rations de poisson
Couple Wilson : 3 rations d'eau et 3 rations de poisson

Les Wilson font mieux que les Crusoe dans les deux activités car ils sont plus agiles.

Au fil du temps, les deux couples réalisent que les deux peuvent bénéficier à faire des échanges.

Les deux couples ont suffisamment d’eau (les Wilson en ont même trop), mais voudraient plus de poisson car la production actuelle ne suffit pas à les nourrir convenablement.
Les Crusoe cessent alors de pêcher et les Wilson cessent d’aller chercher de l’eau ce qui donne la production suivante :
Couple  Crusoe : 4 rations d'eau
Couple Wilson : 12 rations de poissons

Ensuite, les Crusoe échangent deux rations d’eau contre 4 poissons.
Ainsi, les deux couples se retrouvent dans une meilleure situation grâce aux échanges et ce même si les Wilson étaient meilleurs dans les deux activités : 
Couple Crusoe : 2 rations d'eau et 4 de poisson
Couple Wilson : 2 rations d'eau et 8 de poisson

En réalité, même si les Crusoe ont un désavantage absolu dans les deux activités, ils ont quand même ce qu’on appelle un « avantage comparatif » dans la récupération d’eau. Les Wilson quant à eux, même s’ils sont meilleurs dans les deux activités, ont un avantage comparatif dans la pêche.

D’autre part, il très probable qu’au fil des jours, étant spécialisés dans leurs activités respectives, les deux couples s’amélioreront et deviendront plus productifs. C’est un des bénéfices de la spécialisation du travail.
Cette exemple illustre bien que l’économie n’est pas un jeu à somme nulle et que nous avons tous quelque chose à gagner à faire du commerce, tant local qu’international. Ce constat a été formalisé par l'économiste David Ricardo. Lelibre-échange semble vraissemblablement une source d’enrichissement pour tous, même pour les nations moins productives et moins avancées technologiquement.

Les échanges soumis aux aléas de la vie : innovation ou choc extérieur

Maintenant, imaginons deux chocs économiques différents qui pourraient affecter ces échanges :


Un indigène qui s’avère être un excellent pêcheur arrive en pirogue et propose aux Crusoe huit poissons en échange d’une ration d’eau à chaque jour : c'est l'importation ou le commerce international.

Un jour, les Crusoe ont suffisamment de temps pour fabriquer un filet de pêche, ce qui leur permet de pêcher suffisamment de poissons (huit) pour ne plus dépendre des Wilson : c'est l'innovation technologique avec augmentation de productivité.

Ces deux scénarios sont défavorables aux Wilson, puisque le prix de leur production (poissons) diminue.

La plupart des gouvernements verraient la nécessité d’agir devant ces situations pour « sauver les emplois » des Wilson, en restreignant les importations et/ou en les subventionnant.

Est-ce que cela est justifiable? Absolument pas. Les deux couples n’auraient qu’à réorganiser leurs activités pour tenir compte des nouveaux faits.  C'est ici une explication simpliste des libéreaux. Le "n'auraient qu'à" paraît bien trivial quand il s'agît de compétences "basiques". Mais ce n'est pas la réalité.

En théorie, coici la nouvelle répartition des avoirs dans l’un ou l’autre des deux scénarios à la place des échanges internes :
Couple Crusoe : 1 ration d'eau et 8 rations de poissons
Couple  Wilson :  3 rations d'eau et 3 rations de poissons


Comme les Crusoe manquent d’eau et les Wilson de poissons, les Crusoe pourraient échanger 3 poissons aux Wilson contre une ration d’eau. Voici ce que ça donnerait au final :
Couple Crusoe : 2 rations d'eau et 5 poissons
Couple Wilson : 2 rations d'eau et 6 poisson


On peut voir que dans les deux scénarios, tout le monde y gagne lorsque le marché est laissé libre. La même chose s’applique dans l’économie. Il est normal que certaines personnes perdent leur emploi suite à une innovation technologique ou suite à l’introduction sur le marché local d’un produit importé à meilleur marché (parce qu’un producteur étranger a un avantage comparatif). Ces gens doivent par la suite se trouver un autre créneau dans lequel ils ont un avantage comparatif. C’est la destruction créatrice qui fait son œuvre et nous enrichit.


L'apparition de la monnaie

C’est d’ailleurs l’essor du commerce et de la spécialisation du travail qui ont nécessité l’apparition de la monnaie pour faciliter les échanges.

La monnaie élimine notamment permet la divisibilité des biens. Elle permet aussi de mieux comparer la valeur des biens entre eux et, par conséquent, de mieux allouer les ressources dans la production de ces biens.

La monnaie permet les échanges indirects, c’est-à-dire que plutôt que d’échanger un bien contre un autre que l’on désire, on échange son bien contre un bien intermédiaire que tout le monde accepte (la monnaie), qui pourra ensuite être échangé contre le bien désiré.

Les caractéristiques d’une bonne monnaie sont :
Difficile à contrefaire
Facilement transportable
Divisible
Durable
Sa production ne doit pas croître trop vite

Des désaccords fondamentaux entre économies
Les économistes classiques / néoclassiques pensent que le rôle de la monnaie est neutre. 
Les keynesiens soutiennent que la monnaie est active et peut être utilisée pour améliorer les performances économiques du sytème.
Pour les monétaristes, la monnaie est active mais ils considèrent que son utilisation est nocive à l'économie.
Sur un sujet aussi fondamental et central que la monnaie, les principaux courants d'économistes divergent..

Mise en place d'un système monétaire sur une île

La quantité de monnaie disponible doit être déterminée en fonction de la croissance de l'activité et de la production de richesse.

Imaginons une île dans laquelle se retrouvent un charpentier, un pêcheur et un cultivateur.
Ils décident d'organiser un système monétaire. 

Avec un exemple simple, il est possible de comprendre les mécanismes qui se mettent en place avec la création d’un système monétaire.

Admettons que trois aventuriers vivent dans une île paradisiaque. Ils se sont chacun spécialisés dans un métier utile pour les autres : charpentier (maison et meubles), pêcheur et cultivateur.

Le charpentier peut produit 3 biens par an (meuble ou maison) y compris pour lui-même.
Le pêcheur peut pêcher 3 poissons par jour dont un pour lui-même.
Le cultivateur récolte suffisamment de fruits par saison pour en écouler 3 par jour dont un pour lui-même.
Au moment d’émettre la nouvelle monnaie, le banquier doit évaluer combien il doit en émettre et comment il va répartir celle-ci.

Mise en place d'un système monétaire sur une île : combien émettre


Les 3 aventuriers reconnaissent qu’il faut autant de talent (expertise) et de temps pour réaliser les 3 métiers. Ils acceptent donc que finalement le chiffre d’affaires de leurs activités soit équivalent à l’année.
Pour des raisons pratiques, il faut que l’unité de référence soit au moins équivalente au prix de la plus petite transaction, c’est-à-dire un poisson ou un fruit.
Le banquier propose d’émettre 720 pièces par aventurier et donc 2 160 au total. Il n’a pas besoin d’or, il accepte les effets de commerce en garantie c’est-à-dire des reconnaissances dettes gagés sur les biens produits.

1ère année
En supposant que les aventuriers consomment régulièrement et de manière identiques leurs soldes de pièces à la fin de l’année n’a pas bougé.


Mise en place d'un système monétaire sur une île : rupture 


2ème année
Malheureusement pour eux un pêcheur au filet d’une autre île arrive et propose ses poissons de bien meilleure qualité que ceux de l’aventurier. Du coup plus personne ne veut manger les poissons pleins d’arrêtes.
Rien ne change sauf que l’aventurier pêcheur fait 0 recettes et le pêcheur au filet récupère chaque année son chiffre d’affaires.

En 2 ans, le système est grippé car l’aventurier pêcheur se retrouve à sec et ses amis ne peuvent plus rien lui vendre. Le pêcheur au filet stocke 1 440 pièces en réserve. La vitesse de circulation de la monnaie s’est réduite.
Cette situation pourrait conduire l’aventurier pêcheur à baisser ses prix mais la rupture en termes d’innovation produit est si importante que personne ne veut manger de ses mauvais poissons.
Il doit donc se reconvertir pour convaincre ceux qui ont des pièces de lui donner contre un bien ou un service.

Le bilan d'une banque

Le bilan d'une société ou d'une banque se décompose en deux parties à une date données, en général la fin d'un exercice fiscal, le 31 décembre. D'un coté il y a l'Actif qui regroupe les richesses détenues par la banque et de l'autre, au Passif, ses dettes vis à vis de tiers.

Les principaux actifs détenus par une banque :
Opérations interbancaires : elles recouvrent les créances vis à vis d'autres établissements bancaires dont les montants déposés auprès de la banque centrale
Opérations avec la clientèle : les créances vis à vis des clients, il s'agit des crédits accordés.
Placements : la banque peut placer de l'argent en actions, en obligations, en immobilier, etc
Immbolisations corporelles et incorporelles : elles représentent les outils utilisés par la banque (réseau d'agence, informatique, marques, etc)
Autres : écarts d'acquisition, compte de régularisation etc

Les principaux passifs d'une banque :
Opérations interbancaires : elles regroupent dettes vis à vis d'autres banques
Opérations avec la clientèle : les dépôts définis par l'article 2 de la loi bancaire : la banque peut faire ce qu'elle veut des fonds à condition de les restituer.
Provisions : il existe plusieurs catégories de provisions permettant de couvrir d'éventuels décaissements
Dettes : la banque peut se financer par l'émission de dettes, de titres obligataires auprès du marché 
Capitaux propres : c'est en gros l'argent des actionnaires de la banque

Les règles de la comptabilité imposent que le total de l'actif soit toujours égal au passif. Le montant des crédits accordés à la clientèle doit donc toujours trouver une contrepartie au passif, c'est à un dire un financement. 
Si la banque accorde un crédit de 100, alors elle va comptablement inscrire 100 en passif sur le compte de dépôt de son client et 100 à l'actif en le rajoutant aux créances. La question est comment peut-elle "garnir" le compte au passif sachant qu'elle n'a pas créée l'argent.

Première solution : elle mobilise de nouveaux dépôts non utilisés pour le crédit.
Deuxième solution : elle demande à la banque centrale l'argent. En réalité, le jour ou elle va demander l'argent à la banque centrale, cette demande de 100 va se noyer dans des flux croisés de nouveaux crédits et de remboursements de crédits. La banque ne demandera peut-être que 10 à la Banque Centrale.
  


Exemple de fonctionnement d'une banque : la creation

Prenons un exemple simple.

Commençons par créer une banque commerciale. Les actionnaires apportent 8 (fonds propres) ce qui permettra à la banque de prêter 100 au maximum (1). Sur les 8 récoltés, 2 doivent être placés à la Banque Centrale (2) et 6 resteront disponibles  pour le fonctionnement de la banque et les retraits urgents des clients (3). Ainsi nous respecterons la réglementation.

Bonne nouvelle, nous avons un premier client déposant A qui vient déposer 200 en billets. Comme les « dépôts font les crédits », nous allons enfin pouvoir devenir banquier et prêter de l’argent. Pour l’instant nous gardons précieusement ces 200 dans notre coffre. Le seul « vrai argent », en monnaie banque centrale ce sont ces fameux billets émis par la banque centrale.

(1) réserves obligatoires = 1% des dépôts
(2) doivent être égaux à 8% du montant des prêts pondérés par les risques
(3) coefficient de liquidité : la banque doit avoir au moins l'équivalent des retraits sur 1 mois


Exemple de fonctionnement d'une banque : pret a partir d'un depot de 50

Cas 1 :  Les dépôts font les crédits : mise en place d’un prêt de 50 pour notre client emprunteur B
Par écriture comptable, nous allons inscrire une reconnaissance de dette de B à l’actif de notre bilan et créditer son compte de dépôt B  au passif. Rien ne se perd, rien ne se créé ici, simplement en réalité A ne pourra pas retirer tout de suite plus de 150 billets. Pourtant, nous avons 250 de dépôts.



Si B décide de retirer ces 50 pour ses propres besoins, alors la banque n’a plus que 150 au coffre. Tout est équilibre.
Dans ce premier cas, notre banque n’a prêté que l’argent dont elle dispose. Nous avons créé 50 de monnaie « commerciale » en prêtant. Cette monnaie disparaitra au fur et à mesure des remboursements par B.. Juridiquement, nous n’avons pas créé de monnaie banque centrale, nous avons accéléré la vitesse de circulation de la base monétaire.

Exemple de fonctionnement d'une banque : les credits font les depots de 300 

Cas 2 : Les crédits font les dépôts : mise en place d’un prêt de 300 pour C et D

Dans cet exemple, nous voyons bien qu’avec nos 200 de dépôts nous injectons dans le système 300 de plus que nous n’avons pas mais qui ne manquent à personne tant que le déposant A n’a pas besoin de retirer ses sous ni que C et D d’utiliser les 300 de crédit empruntés.


Dans le cas 1, nous respectons un ratio de prêt de 50 pour 200 (soit 25%) alors que dans le cas 2, ce ratio est de 300 pour 200 (150%) et nous dépassons largement les autorisations de 8%.

La masse monetaire (exmple de la zone euro)

Agrégats monétaires

M1 : pièces et billets en circulation et dépôts à vue.
M2 : M1 + dépôts avec un préavis inférieur ou égal à trois mois + dépôts à terme d’une durée initiale inférieure ou égale à deux ans.
M3 : M2 + pensions + titres d’OPC monétaires + titres de créance de durée initiale inférieure ou égale à deux ans émis par des IFM.

Seules les positions vis-à-vis des résidents de la zone euro qui ne sont ni des IFM ni des institutions relevant de l’administration centrale sont incluses dans les agrégats M1, M2 et M3. Sont qualifiés de monétaires tous les actifs entrant dans la composition de l’agrégat M3.

Selon notre exemple la banque commercercial fait gonfler M1 ou M3 à partir de la base monétaire M0

La mise en place d'un système bancaire

JERRY MAGUIRE : SHOW ME THE MONEY

Les rois, les orfèvres, les banquiers

Parabole du jeux d'échec et des grains de riz. Il faut connaître les ordres de grandeur pour gouverner.

La légende se situe 3 000 ans av. J.C.

Le roi Belkib (Indes) promit une récompense fabuleuse à qui lui proposerait une distraction qui le satisferait.
Lorsque le sage Sissa, fils du Brahmine Dahir, lui présenta le jeu d'échecs, le souverain, demanda à Sissa ce que celui-ci souhaitait en échange de ce cadeau extraordinaire.

Sissa demanda au prince de déposer un grain de riz sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite pour remplir l'échiquier en doublant la quantité de grain à chaque case. 
Le prince accorda immédiatement cette récompense sans se douter de ce qui allait suivre.

Son conseiller lui expliqua qu'il venait de précipiter le royaume dans la ruine car les récoltes de l'année ne suffiraient pas à payer Sissa.

Etude sur le risque d'explosion de l'Euro

“I am sure the Euro will oblige us to introduce a new set of economic policy instruments. It is politically impossible to propose that now. But some day there will be a crisis and new instruments will be created.” Romano Prodi, EU Commission President, December 2001.

Etude UBS : 6 septembre 2011

Point de vue sur les modalités et conséquences de la sortie de l'euro d'un pays membre.

Le monde de l'après dollar se prépare en Asie

La crise financière mondiale, provoquée par les Etats- Unis, avait donné le signal de la contestation par Pékin de l’hégémonie du dollar sur la scène financière mondiale. Depuis, les actes ont suivi les paroles avec, de la part des autorités chinoises, un mélange de détermination et de prudence.

Article Mediapart 19 mars 2012

Les Etats manipulateurs de devises

Tous les Etats tentent de manipuler leurs taux de change dans leur propre intérêt.

Article du Monde de Mars 2011


Le marché des changes

Le marché des changes connu sous l'appellation FOREX (FOReign EXchange market) est devenu le deuxième plus gros marché en terme de montants échangés derrière le marché des taux d'intérêts et loin devant les marchés actions. Le marché des changes.

Comprendre et anticiper l'évolution des changes, c'est d'abord maîtriser les relations géopolitiques mondiales, les mécanismes d'interventions des banques centrales des zones ayant leur propre monnaie, et comprendre les échanges financiers et de marchandises entre ces zones.

Les phénomènes rencontrés en rapport avec les marchés des changes sont par exemple :

les dévaluations compétitives afin de favoriser les exportations
les stratégies de "carry trade" qui consistent à emprunter dans une monnaie d'un pays à faible taux d'intérêt pour ensuite investir dans une autre monnaie d'un pays dont les taux sont plus élevés. L'exemple typique est celui sur le Yen. Les taux au Japon étant proches de zérodepuis plus d'une décennie, des arbitragistes empruntent très peu cher du Yen, les convertissent en dollars américains , puis les investissent dans des actifs rémunérés à des taux plus élevés que ceux du Japon.

Cinq monnaie dont une transnationale se démarquent en étant des monnaies de réserve : le dollar, l'euro, le yen, la livre, le yuan.

Afin de mieux percevoir les échanges mondiaux et les principales interactions entre pays, il est très difficile d'obtenir des informations en temps réel :

  • échanges de flux financiers en devises à la vitesse de la lumières,
  • échange de marchandises qui changent plusieurs fois de mains dans la même journée,
  • investissements directs étrangers,
  • transport aérien passagers et fret,
  • tourisme,
  • émigration,
  • flux de données, etc

Les marchés étant globalisés, les systèmes monétaires peinent à se stabiliser et nous assistons à une "guerre" entre différentes catégories de monnaies :

Monnaie de réserve :

  • Euro (nouveau)
  • Dollar (traditionnel)

Monnaie d'avenir :

  • Yuan

Autres monnaies insulaires ;

  • Livre Sterling
  • Yen
  • Dollar australien

Les crédits font-ils les dépôts ou est-ce l'inverse ?

Faux débat : il n'y a pas vraiment de réponse binaire à cette question. 
Une contribution du cercle des économistes datée de janvier 2012.

Vidéo : inflation vue par picsou

Références

Alternatives économiques hors-série – avril 2015 « La monnaie et ses mystères »

Dominique Plihon « La monnaie et ses mécanismes » Collection Repères Editions La Découverte mai 2007

Les désordres monétaires Institut Turgot

L’agent, Mode d’emploi Paul Jorion 2012

Le bilan d’une banque

Ou comment comprendre les états financiers bancaires

Françoise Bussac, Martine Quinault Banque Editeur 2003

Les banques et la création monétaire par BL / Jeudi 28 janvier 2010


Le rôle des banques dans la création monétaire

Un débat s’est fait jour sur la blogosphère à propos d’un point que l’on croyait réglé depuis longtemps, celui de l’origine de la création monétaire.

Pour faire simple, l’une des deux thèses donne aux banques commerciales, privées ou publiques, mais dites de second rang, le pouvoir d’alimenter l’économie – ou les spéculateurs – en monnaie supplémentaire, monnaie « bancaire » ou monnaie « scripturale » - bien au-delà de la monnaie « légale », à savoir la monnaie émise par la banque centrale, la Banque de France quand on raisonnait en francs, la BCE si l’on raisonne en euros. Une video, avec ses défauts et ses qualités, circule actuellement sur internet pour exposer cette position, c’est celle de Paul Grignon, « l’argent dette ».

La deuxième thèse, essentiellement défendue en France par un autre Paul, P. Jorion, (et en Allemagne par H. Creutz), consiste à dire que la création monétaire par les banques de second rang est une illusion d’optique, et que des générations de prétendus experts ou d’universitaires peu éclairés ont confondu masse monétaire et circulation monétaire.

C’est cette dernière position que nous allons tenter de comprendre, avant de donner notre avis.

Dans son livre, « l’argent, mode d’emploi », Paul Jorion qui aime se présenter comme trans-disciplines – de l’anthropologie à la psychanalyse, en passant par l’économie et les sciences cognitives, consacre trois chapitres (5,6 et 7) et 100 pages (pp129 à pp228) à sa propre thèse, et donc à la critique de la position traditionnelle, encore largement dominante.

Nous nous consacrerons essentiellement à l'étude des chapitres 5 et 6, le chapitre 7 étant consacré à la Banque Centrale, thème apparemment moins conflictuel ( à son rôle, moteur ou suiveur, près).

P. Jorion se demande d’abord, faussement innocemment ou non, pourquoi les 'autres' se sont, ou se seraient, trompés à ce point. P. Jorion, range ces 'autres' en trois catégories, les banquiers, les économistes, et enfin les 'révolutionnaires' plus ou moins 'complotistes'.

Pour P. Jorion, les banquiers, qui connaissent évidemment « LA » vérité (à savoir qu’il n’y a pas création monétaire), se prêteraient au jeu des deux autres catégories du fait d’une fragilité intrinsèque au système bancaire, « la menace permanente de la panique bancaire ».

Pour éviter que la vérité toute crue ne conduise leurs clients à cette panique, les banquiers resteraient très vagues sur les véritables mécanismes monétaires (même si l'on peut déjà se demander comment cette 'panique' pourrait se déclencher, si les banques "ne créent pas" de monnaie, et si donc leurs 'coffres' sont toujours bien garnis).

P. Jorion introduit ensuite une thèse assez subtile – qu’il juge erronée mais qui serait la cause de l’erreur de tant d’économistes depuis tant de siècles, celle de "l’individualisme méthodologique" .

Telle que je la comprends dans son exposé par Paul Jorion, ce dernier reprocherait à ses éventuels défenseurs de nier les interactions entre agents économiques, au moins sur la question monétaire.

Si tel était le cas, je penserais, moi aussi que c’est une erreur et une contradiction dans le raisonnement prêté par Paul Jorion aux économistes. Cet illogisme serait d’autant plus grave que P. Jorion rappelle, à juste titre, que les économistes utilisent la métaphore de la main invisible pour justifier, ou réclamer, l’existence de marchés aussi interactifs que possible.

Après avoir ainsi prêté ('gratuitement') aux économistes un point de vue incohérent : individualistes 'monétaires' , 'globalistes' dans d’autres contextes, P. Jorion suggère, au chapitre 6, qu’une certaine paresse peut expliquer, sinon excuser, le raisonnement, qu’il estime erroné, de ces mêmes économistes.

Ces derniers se seraient contentés de faire du "copié-collé" (avant même l’intervention des outils bureautiques) à partir d’une thèse ancienne, mal comprise ou elle-même erronée. Ainsi écrit-il (p.148) « ces explications semblent avoir été recopiées au fil des années, sans que nul ne se demande trop si cette description rend compte de la manière dont les choses se passent dans les faits ».

Après avoir traité les économistes d’incohérents et de paresseux, il leur concède une excuse. Ils auraient mal compris Schumpeter, qui aurait bien distingué, lui, l’apparence de l’essence du phénomène. Pour Schumpeter, revu par P. Jorion, tout se passerait « comme si » il y avait création monétaire, mais, en fait, il n’y en aurait pas.

Comme par ailleurs P. Jorion critique Schumpeter sur un autre point, qui le dérange dans sa reconstruction monétaire, le fait de faire appel aux idées de Schumpeter ne me semble pas fondamental. Je suggèrerais même que cette incohérence du traitement de Schumpeter par P. Jorion desservirait plutôt ce dernier, comme l’incohérence que Paul Jorion prête à certains économistes.(On pourra se reporter aux idées de Schumpeter sur la monnaie sur: ou encore , mais ce n'est pas le point ici de se demander si Schumpter a raison ou tort: laissons les morts enterrer les morts ...)

Dernière catégorie, enfin, de ceux qui défendraient la thèse à laquelle s’oppose P. Jorion dans sa propre théorie monétaire, celle des révolutionnaires plus ou moins comploteurs, ou anti-comploteurs, on ne sait pas trop.

De fait, P. Jorion écrit explicitement qu’il ne serait pas trop grave qu’il existe des tenants de la « création monétaire ex nihilo » par les banques non centrales si un certain courant d’opinion ne dénonçait pas « le scandale des banques commerciales qui créent de l’argent ex nihilo ».

Pour P. Jorion, après les banquiers opaques – ce qui est vrai, ils sont « opaques » - après les économistes paresseux ou incohérents – il y aurait enfin tous les autres qui trouveraient scandaleux que les banques aient un pouvoir de création monétaire. En quelque sorte, ces « révolutionnaires » inventeraient un pouvoir imaginaire pour pouvoir s’en prendre au pouvoir – réel celui-là – des banques.

Pour illustrer l’existence de ce courant (il existe effectivement des gens qui crient au scandale, mais parce qu’ils pensent, à tort ou à raison, qu’il y a scandale) Paul Jorion s’en prend à M. Allais, prix « pseudo-Nobel » d’Economie (le prix Nobel d’économie n’existe pas : c’est simplement l’équivalent en économie de la médaille Fields en mathématiques, il n’y a pas non plus de prix Nobel en mathématiques).

Il ne va pas jusqu’à le traiter de gâteux – d’autant plus que sa grande œuvre, celle de M. Allais, a été écrite en 1976, à l’âge de 63 ou 64 ans, l’âge actuel de P. Jorion – mais il compare son raisonnement, et l’emploi par M. Allais du mot « considère » à celui d’un débile profond Oscar (p. 140) qui « considère qu’on fabrique le gruyère en coulant le fromage autour des trous ».

Après avoir ainsi « déconsidéré » les « considérations » de M. Allais, et donc ce dernier, P. Jorion range dans le même sac, celui des « abolitionnistes » (P. Jorion préfère utiliser le mot « créationnistes ») l'ensemble des tenants d’un complot bancaire pour cacher la fausse vérité, celui de la création monétaire par les banques commerciales. Cette fausse vérité permettrait aux révolutionnaires de tout poil de s’en prendre aux banques.

En résumé, la croisade de P. Jorion serait justifiée par les mensonges, les incohérences ou les arrière-pensées de trois catégories d’individus, se recoupant parfois, les banquiers mystérieux, les économistes paresseux , et les révolutionnaires haineux.

Bien entendu, cela ne signifie nullement que P. Jorion a tort. C’est ce que nous allons maintenant tenter de voir, après ce long préambule tentant d’expliquer la position « qualitative » de P. Jorion, disséminée entre raisonnements, anecdotes, exemples, railleries et fables diverses tout au long de 100 pages écrites avec talent, sinon sans redondances.

Le point central de la démonstration de P. Jorion est celui du « principe de conservation des quantités », ce qui lui permettra, pense t-il, de démontrer que les économistes, quand ils se trompent de bonne foi, confondent en fait « augmentation de la masse monétaire » et « variation de la vitesse de la masse monétaire ».

Si je peux me permettre cette analogie, qui n’est pas dans le livre de Paul Jorion, en assimilant l’argent (que nous n’avons pas encore défini, nous y reviendrons) au sang, les économistes confondraient la masse sanguine, le stock sanguin (entre 6 et 8 litres chez un individu « normal ») avec le fait que des milliers de litres traversent le cœur de tout individu en une seule journée.
Si tel était le cas, confusion entre stock et flux, (stock de sang ou d’argent, et flux sanguin ou monétaire), on comprendrait l’émoi de P. Jorion devant une telle position d’économistes, universitaires pour la plupart.

Revenons maintenant au point central de l’argumentaire, le principe de conservation des quantités, utilisé de nombreuses fois dans le livre de Paul Jorion, ainsi que sur son propre blog, avant et après la parution de ce livre.

Pour peu que l’on se souvienne des principes de physique élémentaire, ce principe sonne bien : dans la nature, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme (même si le big bang ne rentre pas vraiment dans cette catégorie, en dehors de ce « petit » détail, cette loi n’a jamais été réellement remise en cause).

Donc le principe de Paul Jorion n’est ni révolutionnaire, ni incompréhensible, j’irais même jusqu’à écrire qu’on peut l’adopter – d’autant plus qu’il ne prouve rien, au moins tant que l’on n’a pas précisé de quoi on parle, de quelles quantités il s’agit.

Toute la question est là, en fait, et il m’a fallu une relecture des trois chapitres incriminés (ch 5, 6 et 7) – je sais, j’aurais pu trouver plus vite ;-) – pour voir où était – peut-être, au lecteur d’en juger – le véritable subterfuge, volontaire ou non, de Paul Jorion. Dans des échanges privés avec P. Jorion, en mars 2009, il m’avait aussi fallu quelques échanges pour comprendre ce qui se cachait – volontairement ou non – derrière la sémantique utilisée derrière un mot bien simple, le mot « argent ».

De fait, au chapitre 5 de « l’argent, mode d’emploi », le mot le plus utilisé est « argent ». Au chapitre 6, ce mot n’est plus guère employé, il semble remplacé le plus souvent par « monnaie », glissement sémantique sur lequel il convient de s'interroger.

De fait, dans aucun de ces contextes, la définition exacte n’est proposée. En lisant entre les lignes, je propose les définitions suivantes :
1) Pour le P. Jorion du chapitre 5 le mot argent est ce que l’on appelle généralement « monnaie fiduciaire », ou « monnaie-papier » ou « monnaie-billets » (en négligeant la part infime représentée par les pièces) - ce que les autorités monétaires internationales appellent « currency ». La meilleure traduction de cet "argent" serait sans doute "espèces". On voit en effet souvent cette inscription au seuil de certains magasins: "espèces ou carte bancaire acceptées, chèque refusé"

C’est aussi ce que dans le langage populaire on appelle parfois «(argent) liquide » : « dis, as-tu du liquide à me prêter ? » dit-on couramment. On peut donc présumer que lorsque Paul Jorion parle du « principe de conservation des quantités », il s’agit de dire que le « liquide » en circulation, ou les « espèces » en circulation, n’augmente(nt) jamais (au moins du seul fait des banques commerciales, qui n’ont pas le pouvoir d’émettre, de « fabriquer » des billets, des "espèces").

Comme personne n’a jamais prétendu le contraire, qu’on soit banquier, économiste, complotiste ou simple « idiot du village », le grand principe de Paul Jorion ne sert pas à grand-chose, mais il n’est pas, et ne peut être, remis en question.

Du moins tant que l’on s’intéresse au système bancaire et au système économique « hors banque centrale ». La seule autorité, en effet, susceptible d’influer sur la quantité de liquide en circulation, et donc de contrevenir au principe de conservation des quantités « de liquide » est la Banque Centrale (à une restriction près, il vaudrait mieux parler de « monnaie centrale »)

2) Pour ce que j’ai compris du P. Jorion du chapitre 6, on en vient enfin à la "monnaie". Là encore, l’ambiguïté est grande.

Dans le sous-titre du chapitre 6, on parle de création de monnaie des banques (position à laquelle s’oppose P. Jorion, avons-nous dit), et, juste après on parle de « création d’argent ex nihilo » que P. Jorion conteste – mais tout le monde aussi.

En fait, c’est dans ce glissement sémantique – volontaire ou non – entre monnaie et argent que je situe le nœud du problème.

Si « monnaie » = « argent », P. Jorion a raison, et la discussion est close – et n’aurait jamais du se produire. Si « monnaie » est différent de « argent », toute l’argumentation de P. Jorion s’effondre, comme nous allons le voir.

Il est vrai qu’il y a une vraie difficulté pour définir rigoureusement le mot « monnaie ». Autant la définition de l’argent, des espèces, était simple, son support physique est évident (à la monnaie scripturale centrale près, pourtant création aussi de la banque centrale) autant celle de la monnaie est plus « intangible », plus « conventionnelle », plus « virtuelle », et donc plus discutable.

Je proposerai pour la monnaie la définition suivante : « La monnaie est un moyen de paiement accepté de façon générale par les membres d’une communauté donnée en règlement d’un achat de bien ou service, ou d’une dette ».

Deux exemples : les « espèces », l’argent dont parle P. Jorion au chapitre 5, vérifie cette définition (même si on refuse les paiements en liquide, en espèces, au dessus d’une certaine somme, et si la plupart des agents économiques d’une communauté donnée sont obligés par la loi à détenir un compte bancaire).

La « monnaie scripturale bancaire», c’est à dire celle dont le montant est inscrit dans les différents comptes à vue (CAV) qu’on appelle plutôt dépôts à vue (DAV) figurant dans le réseau bancaire répond aussi à cette définition.

On peut certes, dans certains cas, refuser un chèque – sous prétexte qu’il serait sans provision. Mais on peut aussi refuser un billet, sous prétexte qu’il serait faux.

La seule différence apparente, et tout à fait vraie sur le plan théorique, est que la monnaie « scripturale » bancaire, qui figure dans les DAV, n’a pas explicitement cours « légal ».


Revenons donc à l’argumentaire de P. Jorion, en tentant de bien comprendre, lorsqu’il parle de « monnaie », s’il s’agit du « papier-monnaie », des espèces, ou de tout autre chose.

Notre fil rouge sera que Paul Jorion tente de nous convaincre que la « monnaie scripturale » n’existe pas vraiment en dehors du papier-monnaie, et que cette « monnaie scripturale » est « simplement » une écriture comptable cherchant à mémoriser des flux de la seule « vraie monnaie », la « monnaie-papier ».

En d’autres termes, si ce que l’on appelle traditionnellement la masse monétaire augmente (par exemple mesurée par l’agrégat monétaire M1), c’est simplement que la « vraie monnaie », la « monnaie-papier » circule plus vite.
Pour reprendre ma métaphore du sang : la masse sanguine resterait la même, mais le sang circulerait plus vite. Comparaison n’est pas raison : on pourrait aussi dire que la « vraie monnaie » est symbolisée par les « globules rouges », et que la monnaie scripturale serait la masse sanguine elle-même.

Le fait qui interpelle tout observateur, en effet, est que la masse de la « monnaie-papier »- la masse des espèces - n’évolue pas tout à fait comme la « monnaie scripturale », telle que celle-ci apparaît dans l’agrégat monétaire ‘étroit’ M1.

Rappelons ce qu'est cet agrégat M1: c'est la somme de monnaie divisionnaire(=pièces) + monnaie fiduciaire + monnaie scripturale, ou encore la somme "espèces plus comptes bancaires (à vue)". C'est ce que la Banque de France définissait en 2000 comme ‘des engagements utilisables comme moyens de paiement, en précisant explicitement : dépôts à vue, i.e. les comptes bancaires à vue, plus monnaie fiduciaire' [en résumé: DAV plus espèces en circulation].
C'est aussi ce que d'aucuns appellent les « avoirs liquides » des agents économiques non financiers).
D'autres agrégats "plus larges" existent, M2 et M3, mais leur définition exacte est moins "standard", et ne nous concernent pas pour le présent exposé: ils intègrent des avoirs "moins liquides" que la monnaie scripturale.

Sur les 15 dernières années, le ratio "M1/espèces" a évolué en Europe entre 4.8 et 9.35, avec une pointe extrême en février 2002 à 9,35 (débuts du passage à l’euro), pour rester depuis 2 ans en dessous de la barre des 6.2. Actuellement (nov 2009) ce ratio est voisin de 5.95. Ce chiffre est corrélé à ce qui est parfois appelé multiplicateur monétaire (qui correspond plutôt au quotient "DAV"/"espèces" c'est à dire [M1 moins espèces]/[espèces]).

P. Jorion ne nie pas l’existence de ces chiffres, même s’il se garde bien d’en parler explicitement. Il préfère démonter ce qu’il continue d’appeler l’erreur des « créationnistes », et affirme que la monnaie qui circule, quand elle est décrite par les « comptables », n’est autre que du vrai argent, des espèces.

Pour cela, il commence à distinguer, très justement, deux types d’institutions financières, ceux qui n’ont pas le statut bancaire, et qui font juste de l’intermédiation : en d’autres termes ces institutions financières non bancaires utilisent « simplement » les excédents de trésorerie, l’épargne, des agents économiques qui auraient trop de … de quoi, au fait ?

Je dirais « argent, », au sens du chapitre 5 de P. Jorion, c'est-à-dire "espèces", mais P. Jorion n’est pas si clair que cela. Ce trop plein d'espèces, de « monnaie-papier », - en oubliant une nouvelle fois les pièces, au montant devenu insignifiant - est donc transféré par ces intermédiaires financiers aux agents économiques qui, eux, seraient en manque d’argent.

Là encore, sur ce point, personne ne conteste. Les caisses d’Epargne (Ecureuil ou Poste) ont fait cela depuis des temps immémoriaux, d’autres institutions aussi. Le principe de conservation des espèces, de la « vraie monnaie », est conservé.

Ce serait aussi le cas si l’épargne n’était pas des espèces, mais déjà de la monnaie scripturale. Il n’y aurait toujours pas augmentation de la masse monétaire, qu’elle ne concerne que les espèces, le « cash », ou qu'elle concerne aussi la « monnaie scripturale » qui aurait été épargnée. Les « créationnistes » et les « jorionistes » n’ont aucun désaccord sur ce plan.

P. Jorion va introduire maintenant les banques, en disant qu’elles sont "différentes des "non banques" tout en faisant pareil", en se repliant derrière l’autorité d’un certain Besson : après tout, pourquoi pas ?

Les banques sont présentées comme des spécialistes de l’intermédiation monétaire (le mot intermédiation suggérant que ce ne sont que des intermédiaires, pas des « augmenteurs », encore moins des créateurs), qui n’octroient pas de crédits, mais qui se contentent « d’ouvrir » des lignes de crédit. La seule différence entre les institutions financières non bancaires et les banques serait une question de comptabilité et de nomenclature de comptes.

P. Jorion va alors justifier qu’il y a augmentation des crédits – ce qui est vrai – sans augmentation du « cash » - ce qui est vrai – et sans augmentation de la masse monétaire – ce qui est faux en utilisant l'argumentaire suivant.

Ce que l’on appelle augmentation de la masse monétaire – traduite par l’augmentation des dépôts, des DAV – est une illusion d’optique. Ce serait simplement des espèces, du « cash », qui circulent.
SA justification : le même billet ne peut être à deux endroits différents (personne n’a jamais contesté cela, nul besoin du « principe de conservation des quantités »). Donc le crédit accordé n’est qu’une inscription comptable, non « performative », ce n’est parce qu’on inscrit une somme sur un compte que les espèces y sont - effectivement, ce n'est pas le cas - et que la "monnaie" y est - c'est cela qui est erroné: la "monnaie" y est bien.

Ecrit autrement (c’est moi qui l’ajoute) on sait que le mot « chien » n’aboie pas, de même que l’image d’un cheval ne rue pas. DONC, l’inscription scripturale ne serait donc pas de la monnaie, ce serait simplement une « image » de la vraie monnaie. Dont acte pense P. Jorion.

Pour valider cela, P. Jorion raconte une anecdote africaine. Un employé astucieux, au Bénin, retirait des espèces, du « vrai argent », le soir. Il allait acheter nuitamment dans un pays voisin des marchandises locales moins chères, revenait au petit jour, revendait ses produits plus chers, puis rapportait les espèces, le cash, à sa banque un peu après, après avoir fait son bénéfice. Cela prouverait, d’après P. Jorion, que la création monétaire est un mythe (dans ce cas, c’est évident : quand on retire uniquement des espèces, et qu’on rembourse en espèces, difficile d’imaginer une augmentation de quantités – en dehors du bénéfice réalisé, qui a du être pris à quelqu’un).

Que se passe donc t-il vraiment dans le « secret » des prêts bancaires ? Je vais reprendre la même démarche (pp. 141 à 146) que P. Jorion, mais en arrivant à des conclusions complètement opposées.

Eusèbe dépose des espèces, 100 euros, à sa banque A, supposée sans ressources monétaires initiales. Du fait d’un coefficient de 10% de « réserves fractionnaires » la banque A ne peut prêter que 90 euros, à Casimir. Pour l’instant, il y a donc toujours « quelque part » 100 euros en espèces, avec un prêt en cours de 90 euros. Combien d’euros disponibles ? C’est là la grande question.

Si Casimir réclame son prêt en "espèces", « cash », « papier-monnaie », « monnaie fiduciaire », « monnaie légale », « currency » (ce que P. Jorion ne précise pas), il y aura 90 euros disponibles dans la poche de Casimir, plus le DAV de Eusèbe affecté d’un montant de 100 euros. Est-ce que les 100 euros du dépôt d'Eusèbe sont disponibles?

Là encore, si Eusèbe utilise son DAV avec son carnet de chèques ou sa carte bancaire, pas de problème. S’il veut retirer au distributeur de la banque A plus de 10 euros, la banque A aura un problème de liquidité : panique dira P. Jorion. Là encore, on peut certes faire intervenir le «principe de conservation des quantités », tautologie s’il en est.

Que peut-on déduire rigoureusement de ce début de raisonnement ?

a)Tout d’abord, que les espèces ne sont pas créées par les banques commerciales : on le savait.
b)Ensuite, que suivant l’usage que l’on va faire des prêts (retrait en espèces, ou virement scriptural, ou paiement scriptural, ou re-dépôt scriptural) on sera, ou non, en manque de liquidités : là encore, rien de nouveau.
c)On peut aussi conclure, comme le fait P. Jorion, que les « réserves fractionnaires » ont pour but d’empêcher que trop de retraits en liquide, en espèces,ne conduisent à une panique bancaire.
d)Mais on peut aussi conclure, ce que ne fait pas P. Jorion, que les banques s’efforçent de ne pas prêter plus d'espèces, plus d’argent liquide que nécessaire. Si Casimir se contente de ne « retirer » ou de n’utiliser que de la monnaie scripturale, le risque de panique éventuelle s’éloigne d’autant. Les banques actuelles s'efforcent d'ailleurs de dissuader leurs clients de retirer de l'argent, il y a même maintenant des banques "cash free" sur internet qui en font leur devise.

D’un point de vue concret, pratique, on peut donc dire que dans un contexte économique « confiant », le ratio théorique de « réserves fractionnaires » est concrétisé par un ratio M1/Currency assez élevé (début 2003, valeur autour de 7, si on excepte le cas particulier de début 2002 ou, avant que les billets nouveaux ne soient disponibles, on a sans doute utilisé plus de monnaie scripturale « en euros » que de billets mixtes euros ou francs pour la France, euros ou marks pour l’Allemagne).

Depuis 2008, ce ratio « M1/currency » est plus proche de 6, mais toujours pas de panique bancaire à l’horizon.


Le seul point sur lequel personne ne songe à donner tort à P. Jorion est le suivant. Principe de conservation des quantités ou non, si chaque dépositaire de DAV vient « transformer son compte en argent liquide, en « cash », en « espèces », en « papier-monnaie », en « papier-billets », c’est la panique assurée, le « cash crunch ».

Mais pourquoi le ferait-on ? C’est tellement plus facile d’acheter en utilisant sa carte de paiement, son chéquier, son compte « paypal ».

Certes, le système bancaire peut s’écrouler, si l’économie sous-jacente s’écroule. Mais dans ce cas là, que vaudra la monnaie-papier ? La meilleure solution, dans ce contexte catastrophique éventuel, serait peut-être de recourir au troc, avant de reconstruire un système monétaire sur une base nouvelle.

Ce que l’argumentation de P. Jorion nous a conduit à introduire ou à préciser – et qu’il en soit donc remercié – c’est la question de la finalité et de l’usage de la monnaie.

Si Casimir emprunte de la « monnaie » pour une activité économique qui va pouvoir avoir un certain impact, son emprunt aura été utile : il pourra rembourser cet emprunt. Si cette « monnaie » prend simplement la forme d'espèces, de « liquide », et si ces espèces sont empruntées pour être déposées sous son matelas, le principe de conservation des quantités jouera dans le mauvais sens : 90% des espèces, du « cash », va sortir du circuit économique.

S. Gesell a parlé de ce risque, et de ses conséquences potentiellement fort graves, d’où son idée de monnaie fondante, perdant de la valeur si elle n’est pas dépensée rapidement.

Au contraire, si l’emprunt de Casimir est réinjecté, directement ou non, dans la sphère économique (investissement-production-consommation) non seulement une cascade d’emprunts pourra avoir lieu (la banque B qui reçoit éventuellement tout ou partie du placement de Casimir va elle-même pouvoir prêter jusqu’à 90% de ce placement, etc.), mais cette cascade aura deux effets.

Alimenter la sphère économique en moyens de paiements, et permettre à Casimir, et à la séquence d’emprunteurs qui sera apparue à travers le système bancaire, de rembourser leurs emprunts. Car si ceux que P. Jorion appelle les créationnistes ont raison de parler de la création de « monnaie scripturale » par les banques, ils devraient aussi être appelés « destructionnistes », car ils n’oublient pas que les emprunts – même en monnaie scripturale – devront être remboursés (là encore en monnaie scripturale).On pourra consulter à cet égard le livre de M. Allais, paru en 1977, "l'impôt sur le capital et la réforme monétaire".

En d’autres termes, dans un « bon » système économique d’une communauté donnée, la monnaie scripturale devrait, bon an mal an, augmenter à peu près comme la production-consommation-investissement de la communauté considérée et, si le taux des « réserves fractionnaires » ne bouge pas trop, il devrait en être de même pour la masse de « papier-monnaie », qu’on considère le « papier-monnaie » comme le véritable sang, ou comme les globules rouges, de l’économie.

Pourquoi ce débat, alors ?

D’après moi, les « créationnistes » pensent que les banques commerciales ont trop de pouvoir, et que les octrois de crédits en « monnaie scripturale » ne sont pas toujours, voire pas souvent, au service du bien commun, et qu’il faut donc davantage les contrôler. Certains vont même – ce n’est pas, ou plus, ma position – jusqu’à vouloir leur imposer des réserves fractionnaires de 100%, « 100% money » : c’est le point de vue de I. Fisher, de M. Allais, de Robertson et de quelques autres "abolitionnistes".

En d’autres termes, les banques commerciales ne devraient plus avoir le droit d’accorder des crédits au-delà des ressources liquides, des ressources en espèces, dont elles disposeraient. Dans un échange privé, j’ai demandé à P. Jorion pourquoi il s’opposerait à une telle mesure, si, pour lui, il n’y a pas de création monétaire privée. En dépit de la courtoisie de nos échanges, je n’ai pas eu de réponse sur ce point.

Toujours d’après moi, P. Jorion et ses supporters, dont H. Creutz, dont je reparlerai en conclusion, pensent que la responsabilité des banques dans la crise actuelle est secondaire, leur pouvoir général étant limité, et leur pouvoir de création monétaire nul.

Ce serait donc essentiellement la Banque Centrale qui serait responsable des excès monétaires, les banques n’étant responsables « que » du fait qu’elles prêtent parfois de la « vraie monnaie », des espèces, de l’épargne réelle, à de mauvaises personnes.Il n’y a pas nécessairement « trop de monnaie », il y aurait une mauvaise utilisation de cette « monnaie ».

Bien entendu, tout n’est pas faux dans cette position, c’est simplement le raisonnement « monétaire » de P. Jorion pour aboutir à ces recommandations qui me semble erroné.

Quel serait donc le raisonnement monétaire « correct »?

Prenons trois acteurs dans notre « communauté socio-économique », communauté C, trois « secteurs », trois systèmes en interaction. Le Système E est celui des acteurs économiques, des « vrais » acteurs, les acteurs qui n’appartiennent pas au monde banco-financier. Le système FB est le système banco-financier, avec le sous-système F qui ne va manipuler que la « vraie épargne », le sous-système B est intermédiaire entre la vraie épargne et les emprunteurs du système E, le système BC représente la banque centrale, la seule qui a le droit de créer de l’argent-papier, du « papier-monnaie ».

A l’instant 0, de l’année 0, supposons que le système FB ait une épargne réelle, en « cash » (ne compliquons pas pour le moment : on peut supposer, si l’on veut, que les banques et la banque centrale viennent d’être créés, et ont fournis au système B, directement ou non, ce « cash »). Disons que ce cash représente 40 milliards d’euros, la valeur totale de la production de notre communauté C étant de 2000 milliards d’euros, le cash disponible correspondant environ à deux mois de production, disons 400 milliards.
Ces 40 milliards d’euros « économisés » sont demandés par d’autres éléments du système FB, uniquement pour consommer ou pour reconstituer les équipements. Dans ce cas là, à conditions technologiques constantes, et à démographie stable, il n’y aura pas de besoins supplémentaires de financement pour investir pour le futur. Le principe de conservation des quantités joue à plein

Supposons maintenant que l’on envisage une croissance de 1% dans l’avenir, pour atteindre une production-consommation-investissement de 2020 milliards. L’épargne actuelle, même transformée en prêts de cash, ne va pas suffire. Le sous-système F du système FB ne peut que passer du cash d’une main – « ceux qui ont trop de cash » à une autre main- ceux qui manquent de « cash ».

C’est là que le sous-système B intervient. Supposons qu’il faille, en plus, investir un surplus de 30 milliards. Le sous-système B va, face aux projets jugés crédibles et solvables, prêter ces 30 milliards, qu’elle ne possède pas, par hypothèse. Il va simplement « anticiper » - voilà le grand mot, la pierre philosophale de tout l’édifice, le concept qui manque à l’argumentation de P. Jorion (et de nombreux autres experts monétaires, hélas, créationnistes ou anti-créationnistes, en particulier les tenants du « voile monétaire »).

Le sous-système B va simplement anticiper que les emprunteurs vont pouvoir rembourser, grâce aux excédent des production, et donc de revenus, permis par leur investissement supplémentaire.

Le sous-système B ne va pas « créer » du cash, elle n’en a pas le droit. Elle va « créer de la monnaie scripturale », à concurrence, par hypothèse, de 30 milliards d’euros (« scripturaux, « bancaires »).

La croissance étant prévue de 1%, et l’inflation de 0, elle va simplement exiger de recevoir, au bout d’un an, le remboursement complet de ces 30 milliards, plus un intérêt « éthique » de 1%.

Dans ce contexte, le sous-système B va contribuer « honnêtement », « éthiquement » à la croissance de l’économie, en supposant bien sûr que les anticipations soient réalisées, que les emprunteurs remboursent. Entre le début de l’année 0 et le début de l’année 1, le sous-système B aura créé 30 milliards de monnaie supplémentaire, qui lui seront remboursés dans la même monnaie, plus bien sûr les 300 millions** d’intérêts.

Deux remarques complémentaires.

a)En règle générale, le système bancaire demande plus qu’un taux d’intérêt « éthique ». Plus le système bancaire prête, et plus il s’enrichit, cela ne l’incite pas à la sagesse, bien sûr, d’autant plus qu’il prête des ressources qui ne lui appartiennent pas.
b)Le système bancaire, du fait d’un certain contrôle de nôtre troisième système, le système Banque Centrale, ne peut pas prêter autant qu’il voudrait, et c’est heureux. Dans notre exemple, si le « cash en circulation » n’était que de 20 milliards, il est peu probable que notre système B ait pu prêter 30 milliards. Il aurait du se « refinancer » auprès de la Banque Centrale, système BC, pour lui demander du « cash », soit directement (création monétaire BC) soit par l’intermédiaire d’une émission de monnaie scripturale centrale. En France, actuellement (janvier 2010), la Banque Centrale prête à 1%, et les banques commerciales reprêtent à un taux variant entre 4% et 18%, il y a de la marge…

Un dernier point, le « raisonnement » de H. Creutz pour justifier l’argumentation « anti-créationniste » repose (cf. « Le Syndrome de la monnaie », p.11 et p.24) sur le syllogisme suivant.

Quand Eusèbe prête de l’argent à son ami Casimir, les 200 euros que Eusèbe a prêté à Casimir ne sont plus disponibles pour Eusèbe : il n’y a pas eu de création monétaire. Donc (j’insiste sur le donc), c’est pareil lorsque la banque Duchmol va prêter de l’argent (toujours cette ambiguïté sémantique entre argent, monnaie, car il n'est jamais vraiment précisé si "monnaie" signifie « espèces » ou autre chose) à son client Helmut.

C’est certes moins subtil que chez P. Jorion, même si le livre de Helmut Creutz est bourré par ailleurs de données intéressantes, mais on retrouve bien ce « grand » principe : celui de la conservation des quantités. Dès lors que l’on précise que ce sont des quantités d'argent liquide, d'espèces, de « cash », c’est une tautologie sans intérêt. L’astuce est de ne pas préciser de quoi l’on parle.

Bonne lecture critique,

B.L.

**j'avais écrit 3 milliards dans une première version, merci au commentateur qui m'a indiqué cette erreur (il est vrai qu'un taux de 1% est tellement rare ;-) )
PUBLIÉ PAR BRUNO À 06:54
LIBELLÉS : AGREGAT, ARGENT, BRUNO LEMAIRE, CONTRÔLE, CREATION MONETAIRE, CURRENCY, ÉCONOMIE, HEC, MONNAIE, MULTIPLICATEUR MONETAIRE, POUVOIR

Michel Aglietta

MONNAIE : AU DEBUT ETAIT LE TROC

L'argent, système d'échange et d'épargne, était très basique jusqu'au XXème siècle. Avant l'ère des échanges électronique, il reposait sur des choses très concrêtes : de l'or, du papier,etc. Avec la croissance des échanges commerciaux, un système plus moderne s'est établit grâce aux systèmes d'informations. Sauf que celui-ci échappe encore plus à la compréhension et au contrôle.

La monnaie : une richesse, un pouvoir, ou le système ?

Pourquoi ne pas considérer que la monnaie comme une richesse ? Il est vrai que la monnaie doit être intégrée, au sens comptable et patrimoniale, pour établir la richesse d'un individu ou d'une société. On ajoute à l'immobilier, à des actions, le cash et aussi les titres de reconnaissance de dette (comme les obligations d'entreprises figurant dans la plupart des assurances vie).

 Pour ne pas polluer la réflexion au niveau de l'approche des ressources dites richesses, il est préférable de considérer la Monnaie comme un élément à part du système ou un élément majeur du système lui même avec la notion de reconnaissance de dette. Comme la langue d'Esope était le meilleur comme le pire, la monnaie est le plus simple comme le plus compliqué des sujets. Trop polémiques, sensibles ou compliquées les questions monétaires ne sont pas maîtrisés par ceux qui l'utilise y compris dans le monde économique.

Déjà même la simple question suivante peut perturber : les dépôts font-ils les crédits ou bien est-ce l'inverse, les crédit font-ils les dépôts. Autrement dit : si je remets de l'argent à une banque en dépôt, elle va pouvoir prêter cet argent ou alors, justement à l'inverse, si j'emprunte à une banque, je vais donc pouvoir déposer cet argent en dépôt quelquepart. 



Le troc et la monnaie


Le principe de création monétaire


Les banques centrales
Selon JK Galbraith
Leur rituel est de se réunir chaque année au Grand Teton national park dans le Wyoming. Elles donnent parfois des chefs d'Etat (Manmohan Singh ancien gouverneur de la banque centrale indienne devenu premier ministre de 2004 à 2014). Certains de leurs dirigeants ont des réputations injustifiée (Alan Greenspan). Celui-ci s'est retrouvé complice de George Bush Junior en laissant trop longtemps des taux bas (2003) afin d'aider l'administration Bush à soutenir l'effort de la guerre très contestée en Irak

Le cas de la Réserve Fédérale des Etats-Unis
Pas vraiment l'indépendance telle qu'elle est enseignée dans les cours d'économie libérale.

Inflation : pondération des indices ne correspond plus à la réalité des modes de vie : en France, le logement ne serait comptabilisé qu'à hauteur de 7% du coût de la vie.

Dans son livre, le temps des turbulences, Alan Greenspan, raconte sa rencontre avec Ayn Rand et son cercle d'amis, le "Collectif" par le biais de son ex-femme (après un an de mariage p60).


Notes


Bibliographie


Une présidence de crise, Jean-Pierre Jouyet & Sophie Coignard, Editions Fayard, 2009
L'Empire des dettes, A l'aube d'une crise économique épique, William Bonner & Addison Wiggin, Les Belles Lettres, Juin 2006
Désorde dans les monnaies, L'impossible stabilité du système monétaire international, Le Cercle Turgot, Mars 2015
Les incendiaires, Les banques centrales dépassées par la mondialisation, Patrick Artus, Perrin, Août 2007
Alan Greenspan, Le temps des turbulences, Editions Jean Claude Lattès, 2007
Alternatives économiques hors-série – avril 2015 « La monnaie et ses mystères »
Dominique Plihon « La monnaie et ses mécanismes » Collection Repères Editions La Découverte mai 2007
Les désordres monétaires Institut Turgot
L’agent, Mode d’emploi, Paul Jorion 2012

Une présidence de crise - Jean-Pierre Joyet et Sophie Coignard - Albin Michel - janvier 2009

M. Jouyet dresse un bilan de la présidence française de l'UE. Expérience intéressante. Inspecteur des Finances, M. Jouyet est à l'aise avec les sujets économiques et monétaires. Il dénonce lui même page 187 : il y avait un accord entre le président des Etats-Unis et celui de la Réserve fédérale, Alan Greenspan. En gros, plus la guerre en Irak coûte cher, plus il fallait baisser les taux pour permettre aux ménages de s'endetter et de consommer, afin que cette croisade ne deviennent pas trop impopulaire.

C'est avec cette politique monétaire laxiste - que beaucoup de commentateurs applaudissaient à l'époque- que l'endettement des foyers américains les plus pauvres a été rendu possible. Sans cette perfusion financière dans l'immobilier et la consommation, l'économie de guerre serait vraisemblablement apparue comme insupportable et Bush aurait eu du mal à être réélu en 2004. En clair, l'actuel Président de l'AMF, déclare qu'il n'y avait pas indépendance entre la banque centrale et le pouvoir.


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