La grande régression - Jacques Généreux - Perrin -

« Durant les vingt premières années de ma vie, j’ai grandi dans un monde où le destin des enfants semblait naturellement devoir être plus heureux que celui de leurs parents ; au cours des trente suivantes, j’ai vu mourir la promesse d’un monde meilleur. En une génération, la quasi-certitude d’un progrès s’est peu à peu effacée devant l’évidence d’une régression sociale, écologique, morale et politique, la « Grande Régression » qu’il est temps de nommer et de se représenter pour pouvoir la combattre.

Car la première force des malades et des prédateurs qui orchestrent cette tragédie est leur capacité à présenter celle-ci comme le nouveau visage du progrès. Et leur première alliée, c’est la perméabilité des esprits stressés. À l’âge de la démocratie d’opinion, les réactionnaires ne peuvent se contenter de démolir l’acquis des luttes passées en faveur d’une vie meilleure pour tous ; il leur faut aussi anesthésier les résistances, susciter l’adhésion ou la résignation de leurs victimes ; ils doivent remporter une bataille culturelle dont l’enjeu est de nous faire aimer la décadence. […]

En dépit des apparences et de son titre, ce livre n’est pas pessimiste ! Il dit au fond que la voie du progrès humain est connue et possible. Il annonce que nous sommes allés à peu près au bout de toutes les impasses des temps modernes. Tant et si bien, qu’au bout de la Grande Régression où nous voilà bientôt rendus, l’humanité devra bien d’une manière ou d’une autre prendre un autre chemin. La seule question est de savoir s’il nous faudra, pour cela, endurer la régression jusqu’à l’effondrement, ou s’il se trouvera des responsables politiques pour offrir enfin une Grande Transformation démocratique et des citoyens mobilisés pour les soutenir. »

Jacques Généreux
Jacques Généreux, professeur à Sciences Po., a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages. Il poursuit ici son travail de refondation de l’analyse politique, économique ou sociale à la lumière de ce que nous savons aujourd’hui sur le fonctionnement des êtres humains, après La Dissociété (Seuil, 2006), et Le Socialisme néomoderne (Seuil, 2009). Le présent ouvrage, plus léger et plus accessible, outre le fait qu’il éclaire le moment charnière où se trouve notre civilisation, constitue aussi une bonne introduction à la pensée originale de l’auteur. Jacques Généreux est également Secrétaire national à l’économie du Parti de Gauche.

Le capitalisme à l'agonie - Paul Jorion - Fayard - mars 2011

Paul Jorion raconte les limites du système capitalisme. Peut-être le plus mauvais système à l'exception de tous les autres selon Churchill, le Capitalisme est-t'il à l'agonie ? L'auteur parle des banques et décortique certains exemples de disfonctionnement des marchés.

Les allusions à l'histoire sont nombreuses comme celle de la Coulisse. Son analyse s'approfondi par l'évocation des grands penseurs de l'économie comme Marx et Keynes ou de philosophes comme Hegel ou Robespierre.

Anthroplogue de formation, Jorion tire le fil de son analyse jusqu'au bout et s'attaque à la notion de propriété. C'est ce qui pose, en réalité, le plus de problème par rapport à la survie du capitalisme tel que nous le connaissons. L'auteur propose deux remèdes :

  • éliminer, la peudo-solution actuelle au manque de revenus qu'est la substitution du crédit aux salaires, source de fragilisation généralisée du système économique
  • éliminer la fonction parasitaire de la finance qui siphonne la richesse créée pour arrondir des fortunes déjà existantes

Une autre piste de réflexion intéressante est l' idée que les "choses" nous possèdent aussi (la pêche à Houat et à Saint-Molf). C'est ici que la notion de propriété survient : il faut envisager la propriété non pas comme un exercice de la volonté, ....mais plutôt comme la capacité plus ou moins forte que nous avons les uns et les autres de nous laisser "captiver" ou - capturer - par des objets qui nous entourent.

Le capitalisme hors la loi - Marc Roche - Albin Michel - août 2011

Alternatives Economiques :
Dommage que ce livre sorte après les vacances. Il aurait fait une bonne lecture de plage, divertissante, facile. On s'y promène comme dans une brocante, dans des chapitres plutôt brefs qui sautent d'un sujet à l'autre sans grande logique, sans autre but défini que de nous faire entrevoir les " coulisses du casino " financier mondial (titre de la première partie mais qui s'applique également à la seconde). Marc Roche, correspondant du Monde à Londres, y déploie tout son talent de journaliste pour croquer des personnages et nous faire comprendre, un peu, à travers eux, le rôle des îles Caïmans, des agences de notation, des spéculateurs, des relations incestueuses entre finance et politique, des avocats, des fonds souverains, etc. Si le lecteur termine le livre avec l'envie d'aller plus loin pour comprendre la finance, c'est pari gagné.
Albin Michel, 2011, 266 p

20 000 milliards de dollars - Edouard Tétreau - Grasset - octobre 2010

Livre tout aussi intéressant que Analyste écrit quelques années auparavant. Tétreau propose de nombreuses anectotes: la rencontre
entre Obama et les dirigeants chinois dans un hôtel. Des pauvres qui déclarent préférer être pauvres dans un pays où il pense pouvoir devenir riche.

Le livre ne contient rien d'original. Il donne juste une vue d'ensemble de la situation avant 2012 qui est très intéressante.
Plusieurs des points mentionnés donnent matière à réfléchir pas seulement aux USA mais également à l'Europe. 

L'empire des dettes -William Bonner et Addison Wiggin - Belles lettres - mai 2006

Un livre qui bien avant la crise dresse un bilan sans concessions des décennies qui ont précédées avec une critique de l'endettement excessif des Etats-Unis. Un des principaux constats des auteurs est que dans l'histoire des Etats-Unis les meilleurs Présidents sont ceux qui n'ont rien fait comme Harding, Garfield, et Arthur. Rien faire est mieux que Faire Mal comme Wilson (page 114). La dernière chose dont les gens ont besoin c'est d'un Président qui veuille rendre le monde meilleur.

 William Bonner a un vrai talent de conteur avec le sens de l'anecdote. On s'amuse à le lire nous prédire les énormes difficultés que va entrainer le surendettement des entreprises, des particuliers et de l'état américain. Plus d'un an avant la crise des subprimes il avait prévu que cet endettement inconséquent allait causer de graves problèmes. William Bonner met en perspective historiques les évolutions économiques. Il s'exprime dans un langage accessible et pas dans un jargon de chiffres et de termes techniques obscurs.

Cependant il est trop sur de lui. Il ne dispose pas de boule de cristal. Il est facile de prévoir le déclin de l'empire américain, tout fini par décliner un jour, mais quand ?  Dans 50 ans, 150 ans, 500 ans ?.
Après tout l'empire romain a duré des siècles et des siècles avant de vraiment décliner au 5° siècle et pour les historiens de l'antiquité d'aujourd'hui n'aurait même jamais décliné. William Bonner ne semble pas voir que le problème de l'endettement peut être résorbé par la croissance économique et surtout par la baisse des taux d'intérêt, politique qu'a menée la banque centrale américaine (Federal Reserve Bank) en 2008/2009. L'inflation peut aussi résorber le fardeau comme cela a été le cas pour la France après la première et la seconde guerre mondiale.

Son conseil final, acheter de l'or est douteux. L'or est une matière première comme une autre et son prix peut baisser comme celui du pétrole ou du charbon si on trouve de nouveaux gisements ou si on met au point de nouvelles méthodes d'extraction. 'L'empire des dettes' est en tout cas un livre d'économie unique et l'un des rares ou l'on s'amuse vraiment. 

Le négationisme économique - SEPTEMBRE 2016

Les auteurs défendent le caractère scientifique de l'économie. Encore une fois, le terme "Economie" ne veut rien dire. La thèse repose sur le fait que les mêmes causes produisent les mêmes conséquences et qu'il est possible de le prouver à partir de statistiques et d'une bonne méthodologie (Evidence Based).

C'est vrai dans certains (nombreux) cas pour mesurer l'efficacité de mesures politiques/économiques précises. On peut donc dire que cette "économie"  ou plutôt "économétrie" est un excellent outil d'aide à la décision pour des décideurs politiques mais ce n'est pas l'"Economie". Et il est vrai que les conclusions des travaux de cette "économie" dérangent beaucoup de corporatismes et vont à l'encontre des idées reçues. Exemples :

- Avec l'industrie du tabac dont il aura fallu montrer la nocivité pendant des décennies (dès les années 50, l'industrie savait, 240 milliards de dollars ont été payés en indemnités depuis)

- Evaluation de programmes sociaux aux Etats-Unis : Moving to Opportunity, Perry Presschool Program

- Salaire minimum. On rappelera que le fameux Poverty Action Lab d'Obama (dont fait partie la française Esther Duflo) n'a pas empêché des millions d'américains de voter Trump malgré le Recovery Act de 2009 (787 milliards d'investissements et d'aides annoncés)

La méthode des "négationnistes" : Ethos - boucs émissaires - logos

Mais, de là à dire que l'"Economie (au sens large, macroéconomie et micronomie) est une science, il y a de la marge. Malheureusement il n'y a pas de laboratoire géant planétaire dans lequel les chercheurs peuvent mener des tests de grandes ampleurs. 

L'argument des auteurs : le doute populaire devient trop facile. Il n'est légitime que s'il est réservé à des experts...ce qui est rationel...mais du coup les auteurs en profite pour justifier l'opposé du négationnisme, c'est à dire la dictature des experts non élus. Ainsi un manifeste signé par des intellectuels/élites de renons (Morin, Beffa, etc) devient suspect : "elles (ces élites) restent convaincues que l'économie est une question d'opinion ou de points de vue. En niant la pertinence du processus de production scientifique, elles favorisent l'obscurantisme". Peu de nuances ici chez Cahuc et Zylberberg.

En revanche une bonne explication des mécanismes qui permettent de distiller le doute :

" un angle d'attaque efficace consiste à rappeler qu'en matière de science rien n'est jamais vraiment sûr et, par conséquent, "que plus de recherches sont nécessaires". 

"aller à l'encontre d'une position établie joue de façon valorisation sur la psychologie des individus. (...) En magnifiant des croyances différentes du consensus la réthorique négationniste donne l'illusion d'un supériorité intellectuelle à ceux qui s'y réfèrent." Il y a néamoins confusion entre critique constructive et vérittable négationnisme....La encore égo démesuré et manque de nuance.

Si l'économie parle de redistribution de richesse de manière objective. La fixation du "curseur" restera subjective et donc non sujette à la science mais plutôt à la politique ou la croyance.

Les auteurs en profitent pour rappeller les travers antiscientifiques du communisme en France après la Guerre. 

En clair ce livre laisse une impression mitigée.

Cette affaire est en fait une petite guerre d'égo entre des apprentis sorciers scientifiques et des courants très à gauche et anticapitalistes (Lordon, Economistes attérés, etc). Les deux camps sont de mauvaise foi mais ils ont parfois raison, et parfois tord.


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