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Grâce à l’éducation, une vaste population sait lire mais ne sait pas ce qui vaut la peine d’être lu.

 GM Trevelyan

ENA

Critique constructive de la part d'une ancienne élève lucide. Elle ne risque pas grand chose puisque Adeline Baldacchino, haut-fonctionnaire de la Cour des Comptes, a choisi de devenir aussi un écrivain passionné de poésie et de littérature (blog Que nos lèvres sont les pages). Devenue spécialiste de Michel Onfray et de Max-Pol Fouchet, n'ayant probablement pas d'ambitions politiques, elle n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat. La couverture médiatique de la sortie du livre fin 2015 aurait mérité plus d'ampleur. Certains articles, comme celui des Echos, intitulé durement La vengence d'une énarque, échouent à faire passer le message pourtant constructif de Baldacchino dont le ton du livre ne s'apparente pas du tout à de la vengence. On retiendra, que la jeune femme, trentenaire, réussie brillament à mener de front une carrière à la Cour des Comptes et une vie intellectuelle dense.

Extraits :

"L’ENA n’est en fait qu’un cas particulier que je retiens au moins autant comme symbole que comme exemple . La plupart des grandes écoles qui fournissent à la République ses hauts fonctionnaires souffrent de maux semblables .

Absence de réflexions, une école de techniciens
Et comment ne pas rire d’une école qui clame désormais ne former que des managers et donc privilégier le savoir - faire en vouant aux gémonies le savoir et le savoir - penser …
Ainsi , lâchant la proie pour l’ombre , l’ENA qui renonce à enseigner des compétences concrètes , qui se refuse aux débats intellectuels ( qualifiés aussitôt d’idéologiques ) , s’attelle pourtant à développer le rayonnement et le charisme de ses poulains , en ayant pour cela recours à des fonctionnaires plongés dans le feu de l ’ ( in ) action .
Je me suis dit , il est temps de raconter pourquoi l’ENA ressemble furieusement à une machine à dresser des petits singes aveugles , sourds et muets , quand bien même rien , sinon l’absence de volonté , ne s’oppose à
Un jour , j’en suis venue à considérer qu’ils étaient non seulement impuissants , mais parfois dangereux , nos petits singes trop chastes , pour une raison simple . Parce qu’ils participent d’un système de gouvernement ( on dit , à l’ENA , de « gouvernance » ) qui , à force de considérer que l’on peut passer sous le grand tapis moelleux du discours tous les problèmes du monde réel , offre désormais un boulevard aux tenants du grand balayage par le vide.

Quelques chiffres
Tout cela pour environ 4 500 anciens élèves en activité , moins de 10 % d’entre eux ayant fait carrière en politique , 80 nouveaux
50 à 70 % des cabinets ministériels sont composés d’énarques .
C’est avant l’ENA que l’on doit avoir appris à penser . L’école , qui se veut « d’application » , ne considère pas qu’elle ait un rôle à jouer dans la formation philosophique de ses élèves .

Et peu de lectures…
En pratique , et ce n’est peut - être pas bien grave mais c’est tout de même un symptôme , on lit donc très peu à l’ENA . On connaît mal la société dans laquelle on ne vit plus tout à fait , embarqué que l’on est dans des univers inatteignables pour le commun des mortels ; on peut n’avoir de l’Histoire qu’une connaissance très vague et superficielle ; on peut n’avoir jamais abordé aux rivages de la philosophie politique , ne rien connaître à la sociologie , à l’anthropologie , n’être qu’un piètre humaniste . En sortant de là pourtant , on fera littéralement les politiques publiques , on dira le droit , puisqu’on préparera les textes sur lesquels les assemblées s’écharperont .
Dites , je m’en occupe – ensuite , voyez comment faire , mais commencez par rassurer le chef .
L’énarque apprend d’abord que ce n’est jamais tout à fait le moment d’agir . Si l’on cumule le flou des savoirs , l’absence des idées , et l’impuissance ou l’incurie des actes , il ne reste plus grand - chose qu’un art assez élaboré de la comédie du bien commun .
Quand l’ennui est trop fort , vraiment trop , ils se cherchent un ailleurs moins sinistre , commencent à travailler en secret pour des boîtes à idées , les think tanks , dont l’objectif est de forger à la chaîne de l’argumentaire pour les plateaux télévisés , notamment en période de campagne .
Si l’énarque avoue qu’une politique ne fonctionne pas , s’il dénonce les impossibilités matérielles ou intellectuelles , les obstacles évidents , s’il relaie la parole du terrain , s’il propose de faire autrement … il devient le responsable des dysfonctionnements , le créateur de problèmes , le pion qu’on pousse : après tout , les mages sont là pour guérir , il faillit donc à son office.


Sciences Po
Sciences Po n’était que l’antichambre de l’ENA . Son master en Affaires publiques s’apparentait à une usine à produire de la fiche , mâtinée d’école des débats à l’anglo - saxonne .
A quoi pense - t - on , à Sciences Po ? Rarement au monde comme il va , à le décrypter , à en soulever les couches , à contempler les profondeurs , à faire de l’Histoire , à croiser ses leçons avec l’actualité , à se demander ce qui vaut , ce qui va , ce qui devient . Nulle part , ne lui était réservé un espace pour réfléchir à découvert . L’idéal technocratique , c’est la troisième voie blairienne , et it’s the economy , stupid de Clinton .
le ministre non énarque d’un énarque sorti dans les grands corps est une aberration que l’on supporte au nom des apparences démocratiques .


Prise dans le réel
Empêtré dans la gestion du quotidien , l’énarque perd vite le sens de l’orientation .
Lorsqu’ils cessent de gérer , parce qu’ils n’ont en fait jamais rien inventé , parce qu’ils ont passé leur vie à muer de peau en peau , ils se retrouvent tout nus devant le miroir pour vieux énarques , comme Dorian Gray devant son portrait couvert de pustules et de rides accumulées , de vices et d’horreurs . Ils se l’avouent enfin : ils n’ont pas changé le monde , et le monde les a bien peu changés tels qu’en eux - mêmes , jeunes gens , ils rêvaient d’être .
De fait , l’énarque s’identifie plutôt à la classe moyenne , quitte à oublier très vite ses privilèges , indéniables . En sus d’un salaire confortable , il bénéficie de l’emploi à vie . La hantise du chômage n’est qu’un objet très extérieur .
En philosophie politique , dès que l’on sort à peine des limites étroitement continentales de la grande philosophie classique idéaliste allemande , on tombe sur des pragmatiques anglo - saxons , héritiers des moralistes français et des utilitaristes britanniques . L’un d’entre eux , John Rawls , a rédigé un de ces livres sur lesquels des dizaines de philosophes écrivent ensuite
temps de penser la globalisation que de penser la modernité . Il utilise les grands mots qu’il faut , car il a forcément validé un module dit de « questions internationales » et voyagé un peu .


Avant l’Ena, il vaut mieux apprendre
qu’il a appris sur les rouages matériels , juridiques , économiques du monde , c’est , pour l’essentiel , avant l’école que l’énarque l’a acquis . Il en perd l’usage et largement la connaissance en deux ans : sauf exception individuelle , il en ressort bien moins bon en économie et en droit qu’à l’entrée , même s’il sait rédiger un décret ; sa culture internationale s’est focalisée sur l’histoire de son lieu de stage , les « questions sociales » qu’il avait , au mieux , étudiées de loin pour une épreuve de « note sur dossier » ont complètement disparu de son paysage mental et intellectuel .
Car en sus de n’avoir plus beaucoup de connaissances techniques , il n’a par ailleurs acquis , à travers sa scolarité , aucune notion de la profondeur historique , éthique ou intellectuelle des problèmes qu’il aura à faire semblant de régler .
Mais là non plus , rien n’y fait : il n’a pas été sélectionné selon des critères qui valorisent la coopération , la solidarité , le sens relationnel . Il a passé des écrits de cinq heures et un grand oral de trois quarts d’heure , tout seul devant une tablée de gens
Ce qui aurait pu le sauver – d’exceptionnelles qualités de pragmatisme lui permettant d’aller chercher les experts où ils sont , un talent personnel pour le dialogue et le courage de convaincre les politiques de prendre une décision , bref une inventivité joyeuse et créative capable de secouer les blocs de glace de la grande banquise bureaucratique – , rien de tout cela ne participe à sa sélection , encore moins à sa formation .
Que l’on m’entende bien , je ne dis pas que l’énarque ne puisse éventuellement , et bien heureusement , rassembler quelques - unes des qualités qu’on voudrait lui voir exercer ! Je dis seulement que si cela arrive , par un hasard heureux , ce n’est pas grâce à l’école ou à ce qu’il y aura appris , ce n’est pas ce qui jouera dans son classement de sortie , ce n’est pas ce qu’il retiendra de son bref passage dans ce court royaume .
L’état des lieux est franchement sans appel . Presque plus personne , en dehors des quelques cercles parisiens où se concentre un pouvoir aveugle et multiforme , ne croit que les hauts fonctionnaires ou les politiques sont « naturellement » compétents , honnêtes et capables .
Le cercle vicieux est enclenché : haute fonction publique et politique risquent de n’attirer plus que les peu scrupuleux , les très vaniteux , les moins courageux .
Je crois que le réel ne s’invente qu’après avoir été beaucoup rêvé . Je crois que l’attente cajole en son cœur atomique un désir qui finit par éclater , mais que l’attente seule n’est pas magnifique , contrairement à ce que disait le surréalisme . J’aime que le désir se réalise , que le plaisir s’accomplisse : si « le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir » – c’est le principe passionnel de l’écriture pour René Char – alors il faut peut - être que le discours devienne l’acte réalisateur du réel demeuré réel , que l’action publique ose un instant s’imaginer encore « performatrice » , ayant des effets sur le vrai monde ,
Car il faudrait peut - être l’admettre , que le consensus ne se construit pas seulement sur des accommodements entre amis , des accords à la buvette parlementaire , des rapports pré - commandés sur des sujets éventuellement pré - jugés .
Sur la sélection
Vraies questions , presque faciles à résoudre , mais les tendances vont déjà dans le bon sens ( limiter les coefficients des langues et du sport , diversifier la nature des épreuves ) . Sans revenir sur ce débat concernant l’entrée , on doit surtout s’interroger sur la forme que prend le parcours intérieur , après sélection initiale .
De la même manière que l’école prévoit deux heures de cours d’anglais obligatoires tous les matins , elle pourrait tout à fait préserver un créneau philosophique tous les jours , alternant cours de fond et tables rondes autour de personnalités choisies par les élèves , qui prépareraient leur invitation et le débat afférent .
Ce n’est peut - être pas parce que l’on sait penser que l’on sait décider .
Imaginons donc un concours d’entrée , éventuellement retravaillé pour éviter les biais sociaux évoqués plus haut ; la possibilité pour tous de le passer à Bac + 5 ( aujourd’hui , les textes parlent de la licence mais le gros des troupes vient de Sciences Po Paris , véritable et seule classe préparatoire ) , avec un socle solide en économie et en droit , sans compter quelques menues réjouissances optionnelles – des épreuves de maths pour les matheux , un commentaire de texte pour les littéraires , des entretiens , des jeux de rôle . Très bien . L’énarque saura écrire et tenir un raisonnement cohérent .
Une fois rentrés , un tronc commun généraliste : la profondeur intellectuelle ( le baiser à Blanche - Neige ) , les langues à haute dose ( l’amour à Babel ) , et des présentations métiers , pratiques et opérationnelles . Chaque administration de sortie révélant les arcanes et petits secrets de son office . Un peu de terrain , des visites sur place , quelques semaines passées au plus proche de la vérité de l’action .
Ainsi l’énarque saurait - il vaguement de quoi il parle – miracle – , et pourquoi la théorie n’a pas toujours grand rapport avec la pratique si elle ne s’en nourrit pas .
Quelle étrange idée , admettons - le , que celle de l’emploi à vie ! Quelle meilleure façon de paralyser l’initiative et d’engourdir le désir


Que faire ?
Dès lors , je tiens mon triangle magique : voici que , (i) rendus capables de penser par eux - mêmes avec de bonnes doses de philosophie , jetés dans le réel pour y apprendre à être un peu plus vivants grâce à des stages bouleversants , dotés de quelque expertise technique et de solides notions d’économie politique pour la première étape

(ii) Non , il s’agit d’inventer un creuset où se recroiseraient ceux qui ont perdu l’habitude de se parler , les cadres de la direction du budget et les directeurs d’hôpitaux , les ingénieurs de l’aviation civile et ceux de l’agence de l’environnement , les attachés de coopération des affaires étrangères et les vendeurs d’armes de la Défense .
Bien au - delà des énarques , de telles séquences pourraient rassembler les cadres des trois fonctions publiques territoriales , placés face à la société civile .
N’est - ce pas la condition pour que le fameux article 15 de la Déclaration des droits de l’homme – « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration » – continue de faire sens

(iii) Troisième idée , tant qu’on y est . Cela existe depuis longtemps à l’extérieur mais l’administration s’en méfie terriblement : l’évaluation à 360 degrés , c’est - à - dire l’évaluation non seulement par ses supérieurs mais aussi par ses collègues et subordonnés hiérarchiques .
Sans constituer la panacée , une telle approche aurait un mérite majeur , celui de permettre l’identification des grands malades et dictateurs d’opérette régnant sur leurs troupes par la menace et le mépris . Car ils sont légion , ceux qui continuent de croire qu’un collaborateur trop brillant leur ferait de l’ombre , ceux qui s’attribuent les résultats des autres , ceux qui considèrent qu’un non - énarque n’est qu’à peine un homme .
Dès lors , sauf à changer de Constitution , qui peut encore vouloir ? Les ministres , peut - être , et leurs secrétaires d’État . Trop occupés à gérer la presse , le prochain voyage présidentiel , la prochaine campagne , les bêtises de leur prédécesseur , les inimitiés de leur administration , ils ne sont pas en très bonne posture , et parfois ne savent même pas pourquoi ils sont là plutôt qu’ailleurs . Leurs cabinets , alors ? Des énarques , enfin . Qui pourraient , en effet , agir s’ils étaient formés à cela , incités à oser , valorisés quand ils le tentaient .


En seconde analyse pourtant , tout cela nous aère des énarques .
dilemme , il existe une troisième voie : d’une part , reformer l’ENA pour y insuffler un peu de cette originalité même que l’on va chercher ailleurs ; d’autre part s’autoriser des recrutements « extérieurs » certes … mais non politiques .
Au Chili , le Contrôleur général de l’administration met à disposition sur Internet le détail des salaires , primes , indemnités et autres frais de mission versés à chacun de ses agents . Il n’imagine plus revenir en arrière .
Pourtant , je crois fermement que l’on ne réformera jamais l’État en France sans affirmer la possibilité de transformer d’ores et déjà l’école qui forme ses plus intimes connaisseurs .

Extrait de l'introduction de L'utilité de l'inutilité de Nuccio Ordine

Mais il y a plus. Le savoir peut défier les lois du marché d’une autre manière encore. Je puis en effet partager mes connaissances avec autrui sans pour autant m’appauvrir. Je puis enseigner à un élève la théorie de la relativité ou lire avec lui une page de Montaigne en entrant alors dans un miraculeux cercle vertueux où s’enrichissent en même temps celui qui donne et celui qui reçoit. 

Bien sûr, dans notre monde dominé par l’homo œconomicus, il n’est pas facile de saisir l’utilité de l’inutile et, surtout, l’inutilité de l’utile (combien de biens de consommation non nécessaires nous sont-ils vendus comme utiles et indispensables  ?). Il est pénible de voir des êtres humains, ignorants de la désertification croissante du monde de l’esprit, se consacrer uniquement à l’accumulation de l’argent et du pouvoir. Il est pénible de voir triompher, à la télévision et dans les autres médias, une nouvelle image de la réussite, incarnée par l’entrepreneur qui parvient à construire un empire fondé sur l’escroquerie ou par le politicien impuni qui humilie tout un Parlement en faisant voter des lois ad personam. Il est pénible de voir des hommes et des femmes embarqués dans une course folle vers la Terre promise du profit, à cause de laquelle tout ce qui les entoure — la nature, les objets, les autres êtres humains ne sucitent plus chez eux aucun intérêt.

Les yeux fixés sur l’objectif à atteindre, ils ne sont plus en mesure de savourer la joie des petits gestes quotidiens et de découvrir la beauté qui palpite dans nos vies  : dans un coucher de soleil, dans un ciel étoilé, dans la tendresse d’un baiser, dans l’éclosion d’une fleur, dans le vol d’un papillon, dans le sourire d’un enfant — car c’est bien souvent dans les choses les plus simples que l’on saisit le mieux ce qui est grand. Comme Ionesco l’a très justement observé, « si on ne comprend pas l’utilité de l’inutile, l’inutilité de l’utile, on ne comprend pas l’art ».

Bien des années avant lui, une description de la cérémonie du thé avait d’ailleurs permis à Okakura Kakuzô de situer, dans le simple geste d’un homme cueillant une fleur pour l’offrir à sa compagne, le moment précis où l’être humain s’est élevé au-dessus des animaux  : « En percevant l’usage subtil de l’inutile, il est entré dans le royaume de l’art. » D’un seul coup, un double luxe  : la fleur (l’objet) et l’acte de la cueillir (le geste) représentent tous les deux l’inutile, qui remet en question le nécessaire et le profit. Les véritables poètes savent bien que c’est seulement loin des calculs et de la vitesse qu’il est possible de cultiver la poésie  : ainsi, selon Rilke, « être artiste veut dire ne pas calculer, ne pas compter, mûrir tel un arbre qui ne presse pas sa sève, et qui, confiant, se dresse dans les tempêtes printanières sans craindre que l’été puisse ne pas venir ». Les vers ne se plient pas à une logique de la précipitation et de l’utilité. Bien au contraire, comme le suggère Cyrano de   Bergerac dans ses dernières répliques de la pièce d’Edmond Rostand, l’inutilité est parfois nécessaire pour que chaque chose devienne plus belle  : « Que dites-vous  ?… C’est inutile  ?… Je sais  ! / Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès  ! / Non  ! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile  ! » Nous avons en effet besoin de l’inutile comme nous avons besoin de satisfaire les fonctions vitales du corps. Ionesco, encore  : « La poésie, le besoin d’imaginer, de créer, est aussi fondamental que celui de respirer.   Respirer, c’est vivre, et non pas s’évader de la vie. » Comme le montre Pietro Barcellona, cette respiration exprime « le fait que la vie s’excède elle-même », elle est « une énergie qui circule sous une forme invisible et va au-delà de la vie, bien qu’elle lui soit immanente ».


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