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La diplomatie est une affaire de diplomates organisés en réseau (l'un des plus anciens étant celui du Saint-Siège) et chargés de conduire des négociations, de regler des problèmes sans violence
Etroitement liée à la politique étrangère, la diplomatie s'en distingue. La politique étrangère correspond aux choix stratégiques et politiques de l'Etat. La diplomatie en assure la mise en oeuvre par des diplomates professionnels. Les rapports de force internationaux s'étant considérablement diversifisés (industries et services), ceux-ci perdent de plus en plus de pouvoirs au détriment de groupes internationaux, de firmes d'audits ou d'avocats d'affaires. 


L'exemple typique : faut-il rattacher les missions économiques françaises à Bercy ou au quai d'Orsay ? Est-ce plus de la diplomatie ou de l'économique que de conseiller des entreprises françaises à l'étranger ? 


La diplomatie est-elle véritablement un pouvoir ou bien un moyen pour celui-ci ? Mais un moyen pour faire quoi à une époque presque heureuse d'absence de conflits majeurs ? La DGSE pour les questions de sécurité et Bercy ne sont-ils pas suffisants ? Il reste ensuite l'influence culturelle, le "soft power", avec des perspectives à plus long terme mais stratégiques. Dans l'histoire, la diplomatie était une sorte d'annexe aux forces militaires, à l'usage de la [Force].



« Sur le fait général qu'il y ait une évolution, tous les chercheurs […] sont désormais d'accord. Sur la question de savoir si cette évolution est dirigée, il en va autrement. »  Père Teilhard de Chardin

DIPLOMATIE

Lisbonne, un traité et des espions

Lisbonne, la plus occidentale des capitales d'Europe fait penser à San Francisco par la présence du pont du 25 avril permettant de relier les deux rives du Tage. Ce pont, long de près de 2,3 km, fût construit en 1966 par les américains de l'American Bridge, l'acier étant fournit par la United States Steel Export Company. Premier signe de coopération transatlantique. Pendant la seconde guerre mondiale, Lisbonne remplissait un rôle particulier, celui de point de rencontre -en terrain neutre- entre espions anglais, français, américains, allemands et russes. Les séjours de Jean Moulin à partir de 1941 demeurent encore mystérieux pour les historiens [1]. On sait aussi que Ian Fleming, futur créateur du personnage de James Bond, travaillait pour la division Naval Intelligence de la Grande-Bretagne au Portugal à cette période.

La diplomatie se mélange à de l'espionnage, du politique, des relations d'affaires et souvent aussi des histoires personnelles invraissembables, à tel point qu'il est impossible de s'y retrouver globalement. Quelques ouvrages d'historiens, à supposer qu'ils soient objectifs, apportent quelques faiseaux d'indices mais c'est tout. Peut-être un jour une intelligence articifielle se chargera de faire des recoupements à partir d'archives papiers numérisées, à supposer qu'elles ne contiennent pas d'erreurs, et de témoignages. En attendant, les histoires petites et grandes doivent être considérées avec prudence.


Traité de Lisbonne

Quels sont les événéments qui ont rythmé les dernières décennies ? 



Les ONG sont-elles toutes des bureaucraties ou des officines ?

11 septembre 2001
John ONeil


Il n'y a pas de communauté internationale.



Guerre mondiale

ONU
Theillard de Chardin / Point Omega
Salle de méditation voulue par le second SG, le suèdois Dag Hammarskjold (salle de médiation, assassinat, ami WH Auden, poète cité dans 4 mariages et un enterrement)

Conférence de San Francisco en 1945
Faisant suite à la conférence de Yalta, création de l'ONU. Georges Bidault président de la délégation française. Maintien du français comme langue officielle avec le soutien d'Haïti.
Inspiration Gene Rodenberry puisque le siège de conseil de la Fédération se trouve aussi à San Francisco.

Conférence de Bandung

Sans refaire toute l'histoire nous passons du monde bipolaire de l'après seconde guerre mondiale (Etats-Unis, Russie) à un monde multipolaire (Etats-Unis, Russie, Europe, Chine etc) se dessinant progressivement dans le chaos depuis la chute du mur de Berlin.


Chine et OMC (Organisation Mondiale du Commerce)
En 2003, La Chine entre dans l'OMC sous le mandat de Bill Clinton. Ce qui veut que le pays accède au marché mondial avec des tarifs douaniés suffisament bas pour être très actractifs à l'exportation. Sans compter la capacité des chinois à renoncer à des droits sociaux ce qui va rendre la compétition injuste. Les libéraux se rassurent en se disant qu'un partage des miettes est toujours mieux que rien.

Des pays dont les sytèmes de valeurs diffèrent des occidentaux accèdent à plus de richesses, donc de puissance. Sous couvert du libre échange, certe créateur de richesses pour tous, les occidentaux ont renoncé à imposer leur vision du monde aux autres. Certes, le développement de la civilisation occidentale s'est fait dans un bain de sang mais donner les clés à d'autres civilisations n'est pas sans risque. Quel est le sens d'enrichir les monarchies du golfe, les dictatures d'Indonésie ou des Philippines, le parti communiste chinois....?


Counsil of Foreign Relations et son journal Foreign Affairs : créé en 1921 et dont l'un des objectifs était de tenir au courant les américians des enjeux (p477) dans le monde pouvant avoir une influence directe sur leur vie.

Europe, postes clés occupés par des allemands :
Chef de cabinet du Président de la Commission
Secrétaire Général du Conseil de l'Union Européenne

Rome et Etats-Unis
"Il y a plus qu'un air de famille entre les pionniers du Tibre et les apprentis du Potomac qui y vont à reculons. Le prosaïsme, le refus des dogmes, des abstractions, un inébranlable optimisme historique, une bienfaisante inaptitude à la mélancolie, le génie de la logistique, le respect de l'ingénieur, le signe de la valeur n'est pas dans l'ancienneté mais dans le neuf...

Les engagements internationaux et politique ont de répercussion industrielles. Les diplomates doivent être sensibilisés aux enjeux.

1967, l'humiliation subie par les peuples arabes
Malek Chebel sur la haine de soir, Saul Friedländer sur l'arrogance de 1967.

L'empire européen
Selon Michel Serres...

Notes


[1] On ignorait jusqu'à présent à peu près tout du séjour de Moulin à Lisbonne. Aucun biographe n'ayant jugé bon d'enquêter sur place, l'unique source de renseignement était ses déclarations aux interrogateurs britanniques, à Londres, le 23 octobre. Châpitre 4, Moulin à Lisbonne, Jacques Baynac, Jean Moulin 


[] Selon Amin Maalouf, "avec le recul, il apparaît clairement que les Etats-Unis n'ont pas su passer avec succès l'examen difficile auquel l'Histoire les avait soumis. [...] ils se sont montrés incapables de définir un nouvel ordre mondial, incapables d'asseoir leur légitimité en tant que "puissance parentale" et incapables de préserver leur crédibilité morale, qui est probablement plus basse aujourd'hui qu'à aucun autre moment au cours des cent dernières années. Extrait du Naufrage des Civilisations, Grasset 2019.

Bibliographie

Choc des civilisations, Samuel Huntington, Editions Odile Jacob, 2000
Vers un nouvel ordre du monde, Gérard Chalian, Editions du Seuil, 2013
Le retour des Etats, Michel Guénaire, Editions Grasset, 2013
Les Diplomates, Franck Renaud, Editions du Nouveau Monde, 2010
La route vers le nouveau désordre mondial, Peter Dale Scott, Editions Demi-lune 2010
L'Edit de Caracalla ou plaidoyer pour les Etats-Unis d'Occident, Xavier de C** et Regis Debray, Fayard, 2002
L'action et le système monde, Thierry de Montbrial, Puf, 2011
Le grand bazar, pendant la croisade, les affaires continuent, Bernard Brigouleix et Bruno Delamotte, Editions Michalon 2003


Relations avec les américains : Donald Rumsfeld

Le 5 février 2003, son collaborateur Peter Rodman décrypte "l'amertume" des Français : "Notre contre-stratégie - amener l'Europe de l'Est et l'Europe centrale dans le jeu - est en train de l'emporter", se réjouit-il. "Quand les Européens du centre et de l'Est sont non seulement dans l'OTAN mais dans l'Union européenne, c'en est fini du jeu français."

L'Europe manque de dirigeants

LEMONDE.FR | 07.12.10 | 06h10 • Mis à jour le 07.12.10 | 07h35

L'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt lors de l'ouverture d'un congrès du SPD à Hambourg, le 26 octobre 2007.AFP/MICHAEL URBAN


Depuis de nombreuses années, l'Allemagne mène deux politiques parallèles : attachement à la stabilité monétaire et financière d'une part, engagement à l'égard de l'intégration européenne de l'autre. Avec la crise en cours dans l'union économique et monétaire, estimez-vous que ces deux politiques ne sont plus compatibles ?


Permettez-moi d'abord de dire un mot du contexte politique d'ensemble.
Je ne parlerai pas du gouvernement britannique – il vient d'entrer en fonction et je n'en connais pas les dirigeants. Aussi ma réponse ne concernera pas la Grande-Bretagne.
Mais je dirais que, d'une manière générale, l'Europe manque de dirigeants. Il lui manque des personnalités, à la tête des Etats nationaux ou dans les institutions européennes, qui aient une maîtrise suffisante des questions nationales et internationales et qui fassent preuve d'une capacité de jugement adéquate. Il existe bien sûr quelques exceptions, comme le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, mais le Luxembourg pèse d'un poids trop faible pour jouer un rôle substantiel.
Pour en revenir plus précisément à votre question, je ne pense pas que les Allemands en général ni la classe politique allemande aient renoncé à la stabilité. Les conditions qui ont prévalu en 2008, 2009 et 2010 les ont contraints – comme quasiment tout le monde – à trahir leurs idéaux de stabilité, mais cela n'était pas le résultat de leur libre volonté mais du ralentissement économique.
J'ajouterai que l'actuel gouvernement allemand est composé de gens qui apprennent leur métier sur le tas. Ils n'ont eu jusqu'ici aucune expérience des affaires politiques ou économiques mondiales. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, est un homme auquel je souhaite de réussir et pour lequel j'éprouve un profond respect. Il a une bonne compréhension des problèmes budgétaires et fiscaux. Mais en ce qui concerne les marchés monétaires internationaux, les marchés des capitaux, le système bancaire, la surveillance des banques ou les banques fantômes, tout cela est nouveau pour lui. Il en va de même pour Angela Merkel. Loin de moi l'idée de critiquer M. Schäuble ou Mme Merkel, mais nous avons besoin d'avoir aux postes de responsabilités des gens qui comprennent le monde économique d'aujourd'hui.
Certains pensent que le problème est plus profond que cela. D'après eux, ce fut une erreur fondamentale dès le départ de s'engager dans une union monétaire sans procéder à une union politique, sans même avoir une perspective d'union politique.
C'est ce que la Bundesbank répète depuis trente ans. Au fond d'eux-mêmes, ces gens sont des réactionnaires. Ils sont hostiles à l'intégration européenne.

A qui pensez-vous exactement ? Qui avez-vous en tête, puisque des hommes comme Hans Tietmeyer [président de la Bundesbank de 1993 à 1998] ne jouent plus un rôle important…

Mais ses successeurs, à une exception près peut-être, ont des positions réactionnaires vis-à-vis de l'intégration européenne. On ne peut pas vraiment dire qu'ils ont une pensée libérale. Ils ont une tendance excessive à agir et réagir en fonction des seuls intérêts nationaux et n'ont pas compris la nécessité stratégique de l'intégration européenne.
On connaît l'expression: "Beim Geld hört die Freundschaft auf" [l'amitié s'arrête avec l'argent]. On a le sentiment que l'on demande aujourd'hui aux Allemands, en tant que collectivité, de venir en aide aux Etats moins fortunés. Et les Allemands ont beaucoup de mal à l'accepter.
L'erreur a été commise à l'époque de Maastricht, en 1991-1992. L'Europe comprenait alors douze Etats membres. Et ceux-ci ne se sont pas contentés d'inviter les autres pays à entrer dans l'Union européenne, ils ont également inventé l'euro et invité chacun à devenir membre de la zone euro. Or cela a été fait sans préalablement modifier ni clarifier les règles. C'est là que de grandes erreurs ont été commises. Et nous pâtissons aujourd'hui directement des conséquences de cette omission à fixer des règles.

Les Etats de l'Union européenne auraient-ils dû limiter l'euro à un petit groupe de pays ?
C'est mon avis – et ils auraient également dû définir plus précisément les règles de conduite économique des participants. Ce que l'on appelle le pacte de stabilité et de croissance n'est pas un texte ayant force de loi. C'est juste un accord entre gouvernements. Et il est très regrettable qu'au début de ce siècle, la France et l'Allemagne aient enfreint les règles de ce pacte. Mme Merkel voudrait corriger ces erreurs, mais ses chances d'y parvenir sont faibles, notamment parce qu'elle manque de sens diplomatique.


En son for intérieur, Hans Tietmeyer ne voulait pas que les Italiens entrent dans l'union monétaire. Dans les années 1990, vous l'aviez critiqué en le qualifiant de nationaliste allemand parce qu'il affirmait que l'Europe avait besoin d'un noyau dur. N'est-ce pas précisément ce que vous recommandez à présent ?


Beaucoup de choses se sont passées entre-temps – la mondialisation de la spéculation, la mondialisation de l'argent et des marchés des capitaux, la mondialisation des instruments financiers. Nous avons assisté au rejet du projet de Constitution européenne, nous avons conclu ce complexe traité de Lisbonne. Beaucoup de choses se sont passées et, dans le même temps, les personnalités capables de jouer un rôle dirigeant se sont faites de plus en plus rares. Jacques Delors était quelqu'un de très important. Il a été remplacé par des gens dont personne ne connaît vraiment le nom.

Il s'est passé la même chose au niveau des secrétaires permanents, des commissaires, des premiers ministres et de… comment s'appelle-t-il déjà… Van Rompuy ? Lequel a paraît-il une secrétaire aux affaires étrangères – une Anglaise dont on peut aisément se passer de connaître le nom. La même chose est vraie, plus ou moins, du Parlement européen. La seule personnalité qui émerge dans les institutions européennes est Jean-Claude Trichet. J'ignore s'il est en position de force au sein de la Banque centrale européenne, mais autant que je puisse en juger, il n'a commis jusqu'ici aucune erreur notable.


Mais son temps est compté. Son mandat s'achève fin octobre 2011 et ne peut être renouvelé.
Oui, je sais. Mais il est totalement indépendant. D'une certaine manière, cela pourrait lui permettre de s'exprimer en toute liberté. Le problème est de savoir qui lui prêtera attention alors qu'il doit quitter son poste dans moins d'un an.
[Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet a déclaré que les nouvelles règles représentaient "un renforcement fondamental des normes mondiales de fonds propres".]
Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet a déclaré que les nouvelles règles représentaient "un renforcement fondamental des normes mondiales de fonds propres".
La Grèce et le Portugal ont intégré l'union monétaire avec une balance extérieure nette plus ou moins égale à zéro : leurs actifs extérieurs et leurs dettes extérieures étaient plus ou moins équivalents. Ensuite, ils ont enregistré chaque année pendant une dizaine d'années des déficits des comptes courants équivalant à 10 % de leur PIB. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que leur dette extérieure nette atteint aujourd'hui 100 % de leur PIB.


La question qu'il faut se poser est : comment se fait-il que personne n'ait rien remarqué – ni à Bâle [siège de la Banque des réglements internationaux], ni à Bruxelles, ni dans un quelconque bureau des statistiques ? Personne ne semble avoir compris.
Soit dit en passant, pendant une longue période, l'élite politique allemande n'a pas compris que nous enregistrions des excédents dans nos comptes courants. Nous, Allemands, faisons la même chose que les Chinois – la grande différence étant que les Chinois ont leur propre monnaie, ce qui n'est pas notre cas. Si nous avions notre propre monnaie, elle aurait été réévaluée à l'heure qu'il est.
Garder le deutschemark, comme le souhaitait Tietmayer, aurait, au moins une fois sinon deux au cours des vingt dernières années, provoqué une spéculation contre le deutschemark d'une ampleur pire que ce à quoi nous avons assisté avec la Grèce ou l'Irlande.
Jusqu'à présent je reste totalement favorable à l'idée d'une monnaie commune, même si les dirigeants européens ont échoué à fixer des règles et ont commis l'énorme erreur d'accueillir n'importe qui.
Je pense qu'il existe une probabilité d'au moins 51 % pour qu'au cours des vingt prochaines années on voie émerger un noyau dur au sein de l'Union. Ce noyau comprendrait les Français, les Allemands, les Néerlandais – pour ce qui est des Italiens, j'ai quelques doutes. Je suis pratiquement sûr que les Britanniques n'en feront pas partie, et la même chose pourrait être vraie des Polonais. Il ne s'agirait pas d'un noyau dur défini par des documents écrits, mais d'un noyau dur de facto, pas de jure. Et, bien entendu, on y trouverait les Etats du Benelux, l'Autriche, et probablement le Danemark et la Suède…
Je sais que vous avez souvent déclaré que, si les Allemands gardaient le deutschemark, ils se rendraient très impopulaires auprès du reste du monde ; leurs banques et leur monnaie seraient les nos 1 mondiaux, tous les autres pays seraient contre eux, et c'est pourquoi l'Allemagne devrait adopter l'euro afin de s'intégrer à une vaste dynamique européenne.
Tout cela est assez ironique, parce que certains disent que l'Allemagne a beaucoup profité de l'euro du fait que le deutschemark a été maintenu à un niveau faible, et que cela a aidé les exportations allemandes… Je me demande si le soi-disant bénéfice que nous avons retiré de l'adoption de l'euro est réellement un bénéfice.
Je me demande si le fait de présenter des excédents permanents des comptes courants constitue vraiment un avantage. Sur le long terme, cela n'a rien d'avantageux… parce qu'à long terme ces actifs devront être dépréciés car ils ne seront pas remboursés… Oui… cela signifie que vous vendez des marchandises et que tout ce que vous obtenez en échange, c'est de la monnaie papier qui sera un jour ou l'autre dévaluée, et que vous devrez rayer de votre bilan. C'est pourquoi vous privez votre propre pays de produits que, dans d'autres circonstances, la population aimerait consommer.


Diriez-vous que dans vingt ans, au cas où un noyau dur émerge, la monnaie serait plus forte qu'aujourd'hui ?
Ce noyau dur ne se limiterait sans doute pas au domaine des monnaies, mais interviendrait probablement sur le terrain de la politique étrangère à mener par exemple vis-à-vis de la Chine, de l'Iran, de l'Afghanistan ou d'une nouvelle coalition d'Etats musulmans. La constitution d'une telle coalition de pays musulmans est l'un des grands dangers du XXIe siècle. Si un président américain voulait larguer une bombe atomique sur l'Iran, les Européens seraient suffisamment forts pour refuser de se ranger aux côtés de Washington. Aujourd'hui, en Europe, personne n'est assez puissant pour pouvoir prendre une telle position.

Parlons un peu de la France. Les Français penchent en permanence dans deux directions contradictoires – vers le Sud, mais aussi vers l'Allemagne. Pensez-vous que l'on puisse dire de façon irréfutable que la France choisira toujours de se ranger aux côtés de l'Allemagne dans une union monétaire plus resserrée et plus compacte ?
C'est difficile à dire. J'en estimerais la probabilité à 51 % – ce qui laisse 49 % d'incertitude. Je ne suis pas prophète. Je ne sais pas. Cela dépend beaucoup du comportement des Allemands. A l'époque où j'étais au pouvoir, je laissais toujours les Français me précéder sur le tapis rouge. Je ne suis jamais apparu comme leader, sauf une fois – au sujet des missiles nucléaires à moyenne portée qui étaient braqués sur les villes allemandes –, et cela m'a finalement coûté mon poste.(...)
[Les chefs d'Etat ou de gouvernement des neuf pays du Marché Commun posent ensemble sur le perron de l'Elysée, le 10 décembre 1974 à Paris, à l'occasion d'un sommet des neuf. De gauche à droite: le premier ministre belge Léo Tindemans, le chancelier allemand Helmut Schmidt, le premier ministre luxembourgeois Gaston Thorn, le Premier ministre britannique Harold Wilson, le président du conseil italien Aldo Moro, le président français Valéry Giscard d'Estaing et le président irlandais Cearball O'Dalaigh et le premier ministre hollandais Johannes Den Uyl.]


Les chefs d'Etat ou de gouvernement des neuf pays du Marché Commun posent ensemble sur le perron de l'Elysée, le 10 décembre 1974 à Paris, à l'occasion d'un sommet des neuf.
Dans le passé on avait l'habitude de dire: "Nous ne voulons pas une Europe allemande, mais une Allemagne européenne" [Wir wollen kein deutsches Europa sondern ein europaisches Deutschland]. Pourtant beaucoup trouvent aujourd'hui qu'en raison de son importance comme principal pays créancier d'Europe, l'Allemagne fait trop sentir son poids en Europe.
J'ai l'impression que Merkel n'en a pas conscience.
Il est possible qu'en tant que créancier, vous vous sentiez vulnérable, que vous ayez l'impression que vos actifs vont être dépréciés. Peut-être n'est-ce pas très souhaitable d'être un créancier, car cela vous rend impopulaire. Peut-être que cela signifie aussi que votre solde en banque, vos réserves seront toujours moins élevés que vous l'aviez cru, du fait que les gens ne vont pas être capables de rembourser leurs dettes…
Cela va bien au-delà de la question des monnaies et des réserves de devises. Et donc cela a à voir avec la psychologie… Je parle de la psychologie des nations, de leurs opinions publiques et des options qu'elles affichent publiquement. [A cause des nazis et de la seconde guerre mondiale] l'Allemagne aura une dette à payer pendant encore très longtemps – durant tout le XXIe siècle et peut-être même le XXIIe. Il est un fait que les Allemands se comportent parfois comme s'ils étaient les plus forts, ils ont tendance à donner des leçons à tout le monde. En réalité, ils sont plus vulnérables qu'ils ne croient.

Pourtant les Allemands eux-mêmes ne se sentent pas aussi forts que cela, j'ai l'impression que l'homme de la rue se sent quelque peu incertain, les salaires en termes réels sont sous pression depuis de nombreuses années. Je crois que l'Allemand moyen ne se sent ni fort ni assuré.
C'est probablement exact. Mais cela ne s'applique pas à la classe politique. Cela ne s'applique pas nécessairement à l'aile droite des chrétiens-démocrates. Et cela ne concerne pas nécessairement l'extrême gauche.


L'Europe pensait qu'elle allait pouvoir éviter les crises en se débarrassant de ses taux de change intérieurs et en créant l'union monétaire. Mais il apparaît aujourd'hui qu'en raison de la mondialisation de la finance, les spéculateurs vont désormais attaquer les "spreads" [entre les marchés obligataires des différents pays]. Auparavant ils s'attaquaient aux monnaies, aujourd'hui, ils s'en prennent aux marchés des obligations.

L'un des points les plus faibles de l'économie mondiale est qu'il n'existe aucun contrôle sur le comportement des gestionnaires financiers. Vous pouvez diviser l'humanité en trois catégories. Dans la première, on trouve les gens normaux comme vous et moi. Il a pu nous arriver, dans notre jeunesse, de chaparder une pomme sur l'arbre du voisin ou de voler une tablette de chocolat dans un supermarché. Mais à part cela, nous sommes des êtres humains fiables et normaux. En deuxième lieu, vous avez une petite catégorie de gens ayant un caractère criminel. La troisième catégorie, enfin, est formée des banquiers d'investissement. On y trouve toutes les sociétés de Bourse et leurs opérateurs. Ils opèrent sous des noms différents, mais ils se ressemblent tous.


Et la Grande-Bretagne ? Vous entreteniez d'excellentes relations avec James Callaghan, mais il n'a pas intégré le système monétaire européen. Croyez-vous que nous, Britanniques, ayons eu raison de ne pas entrer dans l'union monétaire ? Je sais que vous pensez que nous resterons en dehors pendant très longtemps et je crois que vous avez raison. Pensez-vous que c'était une décision fondamentalement correcte ?
Fondamentalement, je pense que de Gaulle avait raison – bien avant le système monétaire européen.

Vous voulez dire qu'il avait raison de penser que le Royaume-Uni préférerait toujours les Etats-Unis à l'Europe ?
Pendant longtemps j'ai cru au bon sens britannique et à la raison de l'Etat britannique. J'ai grandi dans une atmosphère très anglophile. J'ai été un fervent partisan d'Edward Heath, qui a fait entrer la Grande-Bretagne dans la communauté européenne. Mais ensuite, il y a eu Harold Wilson, puis Margaret Thatcher, qui ne se sont pas toujours comportés de façon aussi judicieuse. Et puis nous avons eu Tony Blair, qui s'est placé dans une position de dépendance beaucoup trop grande à l'égard de l'Amérique. Vous ne pouvez à la fois dépendre à ce point des Etats-Unis et jouer un rôle responsable en Europe. Mais les Anglais ont toujours eu le chic pour s'en sortir – et c'est exactement ce que nous sommes en train de faire en Europe : essayer tant bien que mal de nous en sortir.

© Le think tank britannique Official Monetary and Financial Institutions Forum (OMFIF)
www.omfif.org
Propos recueillis par David Marsh (traduit de l'anglais par Gilles Berton)

L'Occident n'a pas d'idées pour gérer les enjeux essentiels - Le Figaro 29/4/18

Une vision asiatique de l'Occident très juste à propose des inégalités en Occident et surtout le court termisme de ses démocraties. Des mandats de 5 ans à la suite desquels les dirigeants font l'inverse de leurs prédécesseur.

Le retour des Etats

Les civilisations ne peuvent plus être identifiées comme des blocs homogènes. Il n'y a pas de choc des civilisations. Il y a plus sûrement un choc des Etats qui expriment les intérêts de populations, dont la présence sur un territoire donné est sans doute conditionnée par une mode vie ou une sociologie propre, mais qui n'appartiennent plus à des civilisations fermée. Il n'ya plus d'espace limité pour les civilisations.

Rapport Védrine sur l'intégration de la France dans l'OTAN - Novembre 2012

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